À la mémoire de Léopold Sédar Senghor (1906-2001)
Senghor, l’humaniste et le « passeur de cultures »

Une esquisse même sobre du portrait de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) ne peut ignorer sa triple facette publique :

1. Un homme d’État : député sénégalais à l’Assemblée nationale française (1945-1955), secrétaire d’État dans le gouvernement français d’Edgar Faure, premier chef d’État de la République du Sénégal (1960-1981), un des pionniers de l’Organisation de l’unité africaine et cofondateur de l’Agence de coopération culturelle et technique, devenue l’Organisation internationale de la Francophonie.

2. Un homme de lettres : premier Africain agrégé de grammaire (1935), professeur de lettres classiques, poète, essayiste et premier Africain subsaharien membre des « Immortels » succédant au duc Antoine de Lévis-Mirepoix (Académie française, 1er juin 1983, 16e fauteuil).

3. Un homme de culture : chantre de la Négritude (« le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de la civilisation négro-africaine ») aux côtés d’Aimé Césaire (1913-2008) et de Léon Gontran Damas (1912-1978), apôtre du métissage culturel et de la Civilisation de l’universel (« Ce que je crois : Négritude, francité, et civilisation de l’universel », 1988) et promoteur de la francophonie (« cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre »).

Son œuvre plurielle exceptionnelle (politique, littéraire, culturelle, philosophique et sociologique) a semé les germes d’une poétique et d’un être-au-monde noir qui n’ont cessé de croître aussi bien dans les dédales de la créativité littéraire que dans celles de la pensée philosophique et de l’action politique. En plus d’avoir largement contribué à définir les identités modernes, elle lui a valu de nombreuses distinctions dont les médailles de Grand-croix de l’Ordre du Lion du Sénégal, de Grand-croix de l’Ordre national du mérite français, de Commandeur des Arts et des Lettres, de Commandeur des Palmes Académiques, ainsi que plusieurs doctorats Honoris causa et prix littéraires.

Son legs, riche et substantiel, n’est pas resté lettre morte. S’avère de plus en plus récurrente chez les intellectuels francophones la « transculturalité », cet autre avatar du métissage culturel senghorien qui fait voler en éclats, et les frontières poétiques (formelles), et les barrières culturelles, favorisant ainsi une rencontre vraie entre les cultures. Nous sommes tous des métis culturels. En ce troisième millénaire, soyons davantage des sujets transculturels, des personnes libres dans notre propre culture, mais « tournées vers tous les vents du monde », comme a vécu Senghor, ce « passeur de cultures ».

Bernadette Kassi, Ph. D
Professeure au Département d’études langagières