Regard sur la Francophonie

L’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT) a vu le jour à Niamey, en 1970. Elle regroupait alors 21 pays et gouvernements ayant en partage l’usage de la langue française. Au cours de son premier quart de siècle d’existence, la Francophonie intergouvernementale, par le biais de l’ACCT, a essentiellement centré son action sur la coopération culturelle.

Au milieu des années quatre-vingt-dix, dans la foulée de l’effondrement du mur de Berlin, la Francophonie fait peau neuve et change de nom. L’ACCT est rebaptisée « Organisation internationale de la Francophonie ». L’OIF décide alors d’élargir sa mission et d’y inclure un volet résolument politique, ce qui du reste s’est brillamment illustré par le rôle déterminant qu’elle a joué dans l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, officiellement reconnue par l’Unesco. La Francophonie regroupe aujourd’hui 68 pays et gouvernements, membres ou observateurs, au sein desquels on dénombre quelque 200 millions de locuteurs parlant le français. Parmi ces nombreux opérateurs, la Francophonie compte l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Université Senghor (Égypte).

La Francophonie comme objet d’étude scientifique

La remise en question de l’actuelle mondialisation économique et financière, le besoin de solidarité, de justice sociale et de diversité, la nécessité d’une relance du dialogue des cultures, bref, l'aspiration à « une autre mondialisation », mettent en pleine lumière l’intérêt des communautés géoculturelles organisées autour des grandes langues internationales partagées. La Francophonie constitue à cet égard l’un des forums les mieux structurés. C’est pourquoi, il a semblé indispensable de placer l’étude de la Francophonie dans le contexte de la mondialisation mais aussi du dialogue interculturel.

En effet, la Francophonie dont nous parlons ici se propose non pas comme la Francophonie de la fin du XIXe siècle – la première Francophonie liée à l’expansion coloniale – non pas comme la seconde, fille de la décolonisation, proposée dans les années 60 par le Sud pour fonder un Commonwealth à la française, mais comme la Francophonie du dialogue et des échanges dans une perspective d’union géoculturelle. Avec cette troisième Francophonie, nous passons des espaces postcoloniaux aux espaces de dialogue interculturel.

Le réseau des Chaires Senghor

C’est à l’Université Jean Moulin Lyon 3 que revient l’honneur d’avoir pris l’initiative de créer, en novembre 2000, la première Chaire Senghor de la Francophonie. D’une certaine manière, les Chaires Senghor sont devenues à la Francophonie ce que les Chaires Jean Monnet sont pour l’Europe. L’originalité de cette nouvelle Chaire résidait dans la prise en compte de la Francophonie comme thématique universitaire de formation et de recherche. Cette heureuse initiative ne pouvait rester sans lendemain.

À l’instar de la Chaire Senghor de l’Université Jean Moulin 3, l’Université Saint-Joseph de Beyrouth a ouvert sa propre Chaire de la Francophonie en septembre 2003. L’aventure fait maintenant boule de neige. Le réseau compte actuellement une douzaine de Chaires à travers le monde. Mais voilà, ce réseau ne s’était pas encore officiellement établi au sein d’une université nord-américaine.

Le titulaire de la Chaire de Lyon 3, le professeur Michel Guillou, ancien Recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), assure la direction du réseau des Chaires depuis sa création. Il faut par ailleurs savoir que l’appellation Chaire Senghor de la Francophonie est en quelque sorte « labellisée » et officiellement reconnue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Chaires Nom et Prénom Fonction hors titulaire de chaire
Alexandrie (Égypte) Caroline GAULTIER Directrice au Département « Patrimoine culturel » de l’Université Senghor d’Alexandrie
Beyrouth (Liban) Katia HADDAD Professeur au Département des lettres françaises de l’Université Saint-Joseph
Bucarest (Roumanie) Ioan PANZARU Recteur de l’Université de Bucarest
Cluj-Napoca (Roumanie) Toader NICOARA Doyen de la Faculté d’histoire et de philosophie
Hanoi (Vietnam) Chau PHAM SANH Vice-directeur à l’Institut des relations Internationales de Hanoi
Ile Maurice Vinesh Y HOOKOOMSING Vice-président de l’Université de Maurice
Lyon (France) Michel GUILLOU Directeur de l'IFRAMOND
Ouagadougou (Burkina Faso) Joseph PARE Ministre des Enseignements secondaires, supérieur et Recherche scientifique du Burkina Faso
Perpignan (France) Albert LOURDE Doyen de la FIDAF de l’Université de Perpignan
Yaoundé (Cameroun) Jean Tabi MANGA Recteur de l’Université de Yaoundé 2
Gatineau (Canada) Jean-François SIMARD Professeur au Département de travail social et de sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais
Montréal (Canada) (en construction) Micheline CAMBRON Professeure au Département de littérature de langue française de l’Université de Montréal