La route; Cormac McCarthy

Je viens de terminer le roman de science-fiction La route. Je devrais parler ici d’un livre d’anticipation, car les événements se déroulent dans une temporalité proche de la nôtre, et c’est plutôt la situation qui est extraordinaire; les deux protagonistes se retrouvent dans un univers postapocalyptique où la survie dépend de chaque instant, de chaque geste. La fin du monde devenue réalité.

Aucune ville n’est nommée, aucune référence aux événements qui ont engendré ces paysages désolés et qui ont plongé les deux personnages dans la course à la survie. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est qu’il s’agit du père et de son fils et que ce dernier est né pendant le cataclysme qui est au coeur du livre. Leur objectif; prendre la route pour rejoindre la mer vers le sud, dans l’espoir de retrouver un environnement (physique et humain) plus clément. Car l’instinct de survie manifeste chez les quelques hommes encore en vie a tué la majorité de leur moralité et plusieurs s’adonnent au cannibalisme.

Je parle de ce livre, car les images et l’esprit du lieu de fin du monde qu’il a fait ressurgir en moi sont forts et puissants. La façon dont McCarthy décrit la désolation régnante est palpable et remplie de mélancolie. À chaque maison qu’ils visitent, à chaque ville qu’ils traversent, à chaque événement qu’ils rencontrent, l’auteur nous décrit le paysage, les textures, les odeurs et la couleur des lieux. Mais il décrit également la mémoire de ces artéfacts et de ces espaces, l’usage que l’on en faisait lorsque tout était normal… On sent l’entropie qui s’est emparée de nos constructions et de nos objets (futiles à ce point, car la seule énergie qui subsiste est le feu). On sent la fin de l’humanité à chaque page.

La lecture de ce livre induit un exercice de réflexion sur nos valeurs et l’importance qu’occupent nos possessions matérielles modernes. Ce roman porte en son sein une lumière puissante qui nous fait redécouvrir ce que peut vouloir dire être humain, après que tout soit disparu.

Ce livre a gagné, en 2007, le Prix Pulitzer.

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L’Image est tirée du film.

Collaboration photographique au livre de Chantal Ringuet

9 de mes photographies viendront s’ajouter au recueil de poésie de l’écrivaine Chantal Ringuet. Le livre, intitulé le Sang des Ruines, a pour thème les conséquences des conflits armés sur le paysage humain ainsi que les ruines plus personnelles qui nous habitent chacun. Pour cette oeuvre, Chantal Ringuet a reçu le prestigieux prix littéraire Jacques-Poirier. Le livre sera lancé lors du 31e Salon du Livre de l’Outaouais, en février prochain, où elle sera l’invitée d’honneur.

Mme Ringuet m’a contacté afin de voir la possibilité d’inclure certaines de mes oeuvres photographiques dans son ouvrage. Comme mon travail photo traite beaucoup de l’esthétique des ruines et que son texte me parlait beaucoup, cette association a semblé toute naturelle.

Pour ce faire, j’ai travaillé à partir du texte de Chantal afin d’associer des extraits qui semblaient résonner avec certaines de mes photographies. Par la suite, j’ai établi une séquence, une scénarisation du récit en image qui vient appuyer la trame narrative de l’oeuvre écrite. En fait, les oeuvres photographiques accompagnent certains poèmes et y ajoutent une dimension visuelle; une autre strate de sens.
J’ai bien hâte de voir ce livre, la matérialisation de cette belle collaboration.

Le Sang des Ruines, coopératives d’édition les écrits des hautes terres

Solstice d’Hiver

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Journée du Solstice d’hiver 2009. Arrivée de l’hiver.
Aujourd’hui, il n’y aura seulement que 8:43 minute d’ensoleillement (mais il fera beau!).

Malgré le fait que mon événement du jardin du Solstice d’Hiver n’ait jamais réellement eu lieu, pour ma part, toutes les années à cette date, je revis l’aventure et le périple dans ma tête.

temple

Impossible de séparer le temps des fêtes de nos sociétés modernes des fêtes païennes qu’elles ont remplacées, mais ont peut facilement imaginer que les formes diffèrent profondément. Quoi qu’il en soit, ces rituels des fêtes de Noël ne font que refléter l’évolution de nos valeurs et croyances; nos paradigmes spirituels et relationnels avec la nature. Car c’est de quoi il s’agit ici, d’entrer en relation avec l’autre. Le temps de fêtes existe pour cette raison j’imagine.

Je termine avec cette citation de Saint-Thomas-d’Aquin, qui a dit un jour : «rien n’est en l’esprit qui n’ait été auparavant dans les sens». Je soupçonne notre ami Thomas d’utiliser plus que ces 5 sens afin d’arriver à ses conclusions (mais ça, c’est une autre histoire!) Mais peut-être s’agit-il de seulement faire de la place pour être réceptifs à ses intuitions, aux signaux codés de l’univers et aux lois qui le régissent. Mais qui dit place ou ESPACE, comme l’a si bien démontré notre ami Albert Einstein, dit nécessairement TEMPS. Et c’est ce qui nous fait cruellement défaut dans notre société d’aujourd’hui.

L’événement du Solstice d’Hiver n’était autre qu’un prétexte pour prendre le temps de s’arrêter et de remarquer le changement des saisons, de se projeter personnellement dans cette vision du cycle immuable de la nature et surtout, de sentir que nous en faisons partie.

Peut-être que si nous nous sentions plus partie intégrante de cette nature, l’échec du sommet à Copenhague n’aurait été si cinglant.
Mais je crois néamoins qu’en tout et partout nous avançons.

Heureuses Fêtes et joyeux Solstice d’Hiver à vous tous!

fonction[s] de l’art

Maquette des ruines du site du Solstice d'hiver

Maquette des ruines du site du Solstice d'hiver

La lecture de l’ouvrage Ruine m’a amené à comprendre ce que le travail avec l’esprit du lieu des espaces en friches représente pour moi. C’est intéressant d’y revenir, d’y faire un petit retour pour pouvoir établir la source de mon travail et la fascination que ces espaces exercent sur moi, dont le projet du Jardin du Solstice d’hiver est le témoin le plus abouti. Comme mentionné dans mon article précédent sur ce sujet, la ruine est un symbole archétype du possible qui nous entretient de ce qui n’est pas là. C’est une allégorie qui nous ouvre la porte à une communication indirecte, inconsciente. Cette allégorie n’est nulle autre que l’idée de “dépossession”;

«…la ruine participe à l’épreuve de dessaisissement ou de déprise de l’existence, elle élève à un oubli de soi au profit du sens du destin.»

L’expérience de la ruine serait donc une allégorie à l’expérience de la perte ou plutôt de ces multiples «petites morts» qui ponctuent nos vies. Un peu comme un arbre mort qui nous démontre son parcours à travers les intempéries et le cycle des saisons : un noeud caché peut ressortir du centre de l’arbre, le grain découvert par l’écorce arrachée s’use et prends une autre couleur, des branches tombent, d’autres subsistent en un tout autre équilibre (texte tiré de mon cycle Rituel).

Sophie Lacroix termine son ouvrage sur ces mots :

«On ne comprend l’émotion intense que suscite la ruine que si l’on envisage la régression à laquelle celle-ci convie, comme Freud ou Derida l’expriment chacun à leur manière. On touche au coeur névralgique de la ruine en l’appréhendant comme expérience archaïque. C’est sur cette expérience que se greffe la fonction critique ou subversive qu’elle joue, et qu’on ne peut dissocier de cette épreuve. C’est aussi ce qui justifie l’art, car en faisant remonter les fragments épars, celui-ci tente de sauver de la folie celui que ces ruines intérieures entravent et détruisent.»

Cette conclusion est super intéressante, car elle nous donne une des fonctions principales de l’art. Argument de plus pour prouver à ses détracteurs que l’art et la culture sont essentiels à nos sociétés.

Expérience esthétique de la ruine

Je suis frappé par l’ouvrage Ruine de Sophie Lacroix. J’étais tombé sur ce petit livre au Centre George Pompidou ce printemps et il jonchait sur le dessus de ma pile «à lire» depuis.
Hier, j’ai presque totalement dévoré ce petit manuscrit d’une centaine de pages écrit par une professeure qui se spécialise dans le sujet.
Ce qui est bien, c’est qu’elle ne fait pas exclusivement référence aux ruines telles que représentées dans les oeuvres d’art, mais s’attarde plutôt sur le concept opératoire du sujet; la signification de la ruine pour l’être humain et son importance vitale dans le processus d’émancipation et comme processus archaïque.

L’expérience des ruines serait une expérience du sublime beaucoup plus qu’une expérience esthétique, dans ce sens que la ruine nous donne à voir tout le possible de ce qui n’est plus, d’un commencement idyllique.

«…les ruines sont moins un spectacle qu’une expérience, car celui qui contemple est touché et transformé.»

C’est la force d’attraction de la ruine. Cette proximité avec le désastre, mais également notre distance face à celui-ci. C’est que la ruine s’attarde à toucher notre imaginaire, à le nourrir d’impossible et de possible. Ce sont des lieux où tout demeure concevable. Voilà pourquoi la ruine vient tant nous chercher et nous saisir intérieurement.

Par ailleurs, il est fascinant de constater qu’un changement de paradigme de la ruine s’est opéré avec l’avènement des guerres mondiales. En effet, les ruines ont pris une tout autre signification, amplifiant plutôt le sentiment de disparition lié avec elles. «… les ruines de guerre ne disposent plus à rêver à d’autres réalités, mais forcent à reconnaitre l’effet de violences trop humaines.»
C’est peut-être un héritage collectif qui contribue à ce que notre société moderne soit fascinée par le neuf et a peur qu’une patine du temps s’inscrive sur toutes choses (humaine ou matérielle). Dans son absence, la ruine ne peut plus opérer sa fonction primordiale et nous enseigner «l’expérience de la perte».
Spéculation intuitive.
Pourtant, les artistes et architectes contemporains ont compris l’importance des friches industrielles et surtout de leur réactualisation à travers des projets de réhabilitation et de réappropriation de ces lieux. Une sorte de conjuration afin de se libérer des utopies (modernes) qui ont engendré ces paysages désolés.

Ruine

Ruine

Jeudi

atelier ECV

atelier ECV

Le dernier sprint est entamé. Demain, c’est la remise des planches de présentation et l’apéro pour célébrer. Comme le stress s’est maintenant transféré vers les étudiants, j’en ai profité pour aller me promener du côté des quais. La température est fabuleuse et me donne un avant-goût du printemps. Je redoute le retour au Québec avec 2 pieds de neige! Mais en attendant, je suis ici et j’en profite pour visiter. Suite à une suggestion de David, un autre intervenant dans les workshop, je suis allé faire un tour du côté de la base sous-marine de Bordeaux. En fait, il s’agit d’une ancienne base allemande où s’abritaient les U-Boat. Ce sont des espaces démesurés qui possèdent l’esthétique propre aux ruines industrielles. Le tout était juste un peu trop paramétré; j’aurais aimé déambuler et découvrir ces lieux à ma guise, mais le parcours était imposé et très limité, et je ne veux pas risquer de m’expliquer avec la police Française…
Mais j’ai tout de même fait quelques photos intéressantes.

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