L’Inuksuk, le nouveau nain de jardin

Des visions répétées de jardins et terrains privés au cours de mes vacances (hélas terminées!) me portent à affirmer que les Inuksuk sont devenus les nouveaux nains de jardins contemporains. C’est à dire des images-objets populaires surutilisées comme ces derniers, mais en plus, décontextualisées. C’est-à-dire l’utilisation d’une image pour son image et non pour sa signification. Perte de sens.

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Les 2 images sont prises de ce site ésotérique.

Dans ces 2 photos, la dénaturalisation de l’usage et de la fonction de ces constructions Inuites assez tordante. Car l’Inuksuk, dans son essence, est un amoncellement de pierres disposées sur un site particulier afin d’agir comme point de repère, comme messager. Ces structures de pierres servent à indiquer des sources de nourriture viable (pour la pêche, la chasse), le point maximal de la marée haute, le chemin le plus sur à emprunter, des lieux de rituels, etc. La fonction principale d’un Inuksuk est donc d’agir en la qualité d’un humain.

Ici, dans l’image du bas, ce qui est hilarant est la présence d’un panneau de signalisation pour indiquer l’endroit où se trouve l’Inuksuk! C’est plus que paradoxal! C’est comme un emballage dans un emballage…

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Au contraire de la croyance populaire, la forme des Inuksuit (Inuksuk au pluriel) n’est pas nécessairement celle d’un «humain». Celle-ci dépend en fait du message entendu et du type de matériaux retrouvés sur le site d’implantation. C’est une des formes les plus primaires d’installation sculpturale, des genres de «1%» mais porteurs d’un sens commun essentiel et intelligible. Dans ces constructions ancestrales, la métaphore, la fonction dépassent l’image.

Deuil d’un possible lieu

J’ai dû abandonner l’idée de construire sur le joli site que j’avais déniché dans la municipalité de Wakefield. C’est un deuil difficile, car le processus s’est étiré sur plusieurs mois (6 en fait). Pourquoi? 2 raisons principales; le risque de mouvement de masse (glissement de terrain) et l’impossibilité d’avoir un atelier là-bas. En effet, la configuration du terrain exigeait un système septique «nouveau genre» qui fonctionnait avec un bassin rempli roseaux. Ce système implique que tous les rejets d’eaux grises soient biodégradables; rendant ainsi impossible l’idée d’avoir un atelier de création où les produits chimiques sont indispensables…

Temps d’arrêt avant la recherche d’un nouveau site.

Ailleurs, c’est mieux qu’ici!

«Ailleurs, c’est mieux qu’ici.

Confondant le fleuve avec un lac, le lac avec la mer et la mer avec l’océan, je finis par croire que je ne suis venu au Québec que pour confirmer la validité de mes illusions qui me font croire qu’une chose en est une autre, ou deux, ou trois, ou plus encore; et qu’il fait encore bon se tromper sur le sens et les distances entre les choses, sur leur validité. Les confondre, les échanger, les inverser, les transformer…
Une sorte de dyslexie du regard positive car productive.
Il m’apparaît aujourd’hui que c’est bien là la seule façon de s’en sortir, de survivre à l’idée qu’ailleurs, c’est mieux qu’ici! ; imaginer le réel et réaliser son imaginaire!»

Lorentino, centre Est-Nord-Est, été 2003.

Ce texte, tiré du Memento 4, édité par le centre d’artiste Est-Nord-Est, fut écrit par Lorentino, un artiste français qui a occupé mon atelier avant ma résidence d’automne en 2003. Sans le savoir, il fait écho à mon article sur la multitude possibilité et de choix qui nous entoure, Too many réseau contact. Il parle de la même problématique mais en d’autres mots. Il offre également une porte de sortie à cette problématique à travers la création, l’imaginaire.
C’est qui pousse les artistes et créateurs à toujours créer, à toujours s’émerveiller. En dehors de toute contrainte, commande ou réseau. Ce sentiment d’urgence, d’impératif.
Inventer notre vie; c’est là notre plus bel ouvrage. Faut-il se le rappeler?

Paysages personnel en mouvances

Au début de ma pratique artistique, c’était le paysage physique qui modelait mon rapport à l’univers. Ses processus et sa présence me fascinaient : le climat, la végétation, les arbres morts, la pierre, l’eau, le vent, les os, la putréfaction, le feu, les processus de croissance, toute cette phénoménologie me fascinaient. De ce paysage physique naissait un paysage imaginaire. C’est-à-dire une histoire et un récit inventés. C’était suffisant pour engendrer mes points de repère, pour créer ma propre cosmologie, pour m’ancrer dans ma réalité.

Aujourd’hui, c’est le paysage imaginaire qui m’attire le plus. En fait, ce sont tous les aspects intangibles qui définissent mon rapport au concept d’espace, de site et de lieu. Non pas que les phénomènes et forces naturelles n’ont plus d’impact sur moi, mais bien parce que c’est à travers les personnes qui m’entourent que se définissent mes lieux. C’est donc à travers mes relations que s’ancrent mes petits univers, qui sans présence humaine, ou sans la trace de celle-cie, deviennent des sites non habités.

Cette réflexion se poursuivra. Car le concept de lieu; c’est à dire d’un espace devenu habité, est à la base de ma pratique et de ma relation au monde qui m’entoure.

Esquisse physique

Belle journée sur le terrain à esquisser l’emplacement de la maison et de l’atelier. Ce sont bien entendu des relevés préliminaires avant d’entériner le tout par les ingénieurs, mais l’idée générale est là et le positionnement est fait par rapport aux points cardinaux et à la configuration naturelle du terrain.

Program + Site = Form.
Programme + Site = Forme

1er relevé

1er relevé / vue de l

1er relevé

1er relevé / vue de l

1er relevé

1er relevé / vue du nord

1ère esquisse

1ère esquisse

1er relevé

1er relevé

Joyeuse équinoxe du printemps!

Ha! c’est toujours avec tellement d’attente accompagnée d’une petite équeurite de l’hiver que nous célébrons l’arrivée du printemps! Plus qu’un simple fait du calendrier, c’est dans notre corps que nous ressentons cette transition des saisons. L’énergie du soleil se fait plus présente depuis quelques semaines maintenant et l’heure supplémentaire d’ensoleillement nous permet de vivre un peu plus après le travail. C’est la sortie de la léthargie hivernale qui s’amorce.

*L’équinoxe est le moment de l’année où la nuit et le jour sont exactement de la même durée. De plus, c’est à ces deux moments de l’année (équinoxe du printemps et celle de l’automne) que le Soleil se lève exactement à l’est et se couche exactement à l’ouest.
Moins spectaculaires que les solstices, il n’en demeure pas moins que ces points de repère phénoménologiques et climatiques sont des moments d’équilibre cosmologique… Et qui dit cosmologie fait appel à la métaphysique et à la spiritualité. Sujet vital pour l’humain, mais combien relégué aux calendes grecques à notre époque!

Penser…bâtir…Habiter…

Dans la philosophie d’Heidegger, la notion d’habiter est intimement liée à notre condition d’humain. Ce trait fondamental de notre être se manifeste dans la relation avec notre environnement et les bâtiments que nous construisons pour y habiter.

«Bâtir est, dans son être, faire habiter. Réaliser l’être du bâtir, c’est édifier des lieux par l’assemblement de leurs espaces.»

Je mettrais bientôt cette philosophie en pratique à Wakefield, petit village situé à 30 minutes d’Ottawa. Comme je suis d’avis que «c’est seulement quand nous pouvons habiter que nous pouvons construire», la prochaine année sera donc consacrée à l’étude du site, des composantes du lieu, de son ensoleillement, de la direction du vent et de l’écoulement des eaux. Ceci est tout de même important, car le site comprend un ruisseau et une dénivellation d’une dizaine de mètres.

Vue_sud-ouest du site