Retour, rattrapage et consolidation

cargo
Le réseau et l’hypermédialité nous donnent la possibilité de rattraper certains moments perdus, dans la mesure où cette technologie nous permet de partager notre pensée et de la rendre disponible à qui le voudra, mais surtout au moment où elle pourra être consommée. Cette première entrée est donc une sorte de retour sur la matière du premier cours auquel je n’ai pu assister. Plus précisément à l’introduction de la thématique et du contexte de ce nouveau projet de recherche création à la lumière des lectures proposées.

 

QUELQUES OBSERVATIONS EN VRAC :

Le récit de voyage en cargot de Joël LeBigot.

Ce que je retiens de ce récit est la description du sacré que nous donne LeBigot. Il nous explique que pour lui le désert et les monastères ne lui procurent pas cette expérience du contact avec le sacré. Par contre, le voyage en haute mer, avec de l’eau devant et derrière permettent cette distanciation. Dans ce sens que la mer nous donne à voir et faire l’expérience d’autre chose que quelque chose d’humain.

Le texte de Victor W. Turner sur la liminarité

L’état liminaire est résolument un état de transition où les transgressions sont permises. Les écarts, l’errance, les mauvaises orientations sont admis et semblent en faire partie intégrante. Par contre au retour (d’un voyage ou d’un rite de passage), il faut réintégrer la sphère sociale et ses obligations et responsabilités. L’état liminaire est donc forcément transitoire et impermanent. Pour informer ce constant, nous pouvons faire un parallèle avec la différence qui existe entre les installations temporaires et les oeuvres d’art public et d’intégration des arts à l’architecture (les fameux 1%). Dans le premier cas, la condition d’éphémérité permet une plus grande liberté dans le sujet, les thématiques, le traitement, les matériaux utilisés, le lieu d’implantation, etc. Il y a une plus grande liberté et la possibilité de «déranger», car le projet est installé pour un (court) temps déterminé. Tandis que dans le cas des oeuvres d’art publiques, où la condition de pérennité est une des plus grandes prérogatives, les oeuvres font souvent état du compromis que cette contrainte (autant physique que conceptuelle) impose.

Bernard Émond

«S’approcher de ce qui importe». Que dire de plus?

 

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

Still [encore]

Voici ma chanson de l’été, composée et jouée par le groupe Great Lake Swimmers de Toronto.
Une inspiration sur laquelle s’accorder, pour les jours à venir.
Bonnes vacances à tous et à toutes!

sonSTILL / MP3

Still
I’m still turning myself to the great key
I’m still mining for light in dark wells
I’m still a frequency swaying, a leaf in the wind
I’m still searching for whispers in between yells
I’m still swimming in harmony, I’m still dreaming of flight
I’m still lost in the waves, night after night
I’m still an arrow unshot, fixed in a bow
I’m still a fire unlit, ready to go
I’m still loaded and waiting, with anticipation to fly
I’m still studying the patterns in the night sky
I’m still a note that’s unplayed, ink on a page
I’m still a cry in the night, lonesome and high
I’m still tuned to an instrument of greater and unknown design
I’m still looking for direction, some kind of sign
I’m still tuning myself to the great key, I’m still, I’m still

_ _ make a road for the spirit to pass over

solstice/flyer promotionnel

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La pertinence d’une discussion avec un ami philosophe me pousse à poursuivre cette réflexion avec vous. Voici le topo : malgré la proximité des autres et les innombrables gadgets de communications actuels, il semble que nous soyons toujours et de plus en plus, seuls avec nous-mêmes. Le défi est d’apprendre à vivre avec cet individu qui a parfois des idées, envies et désirs conflictuels.

C’est probablement ce qui fait notre humanité; cette propension si facile à pencher vers le paradoxe. Est-ce du fait de notre «double» constitution, ce corps physique et cet esprit intangible? L’idée est de balancer les deux dans cet univers matériel où notre désir d’absolu ne cesse de crier au secours. Les nouvelles technologies et la société de l’image ne font qu’augmenter cette distance entre ces deux pôles aux besoins si conflictuels. Comment évoluer avec nos gadgets et la facilité qu’ils procurent sans perdre de vue ce qui constitue notre humanité? Malheureusement, la mesure actuelle du progrès se résume à ceci : plus une société exerce un contrôle sur la nature et ses processus, et plus elle est considérée comme développée!

Faudrait-il changer notre barème?
Considérer d’autres aspects?
Sinon, jusqu’où cette ligne de pensée nous conduira?
Je n’en connais pas la mesure. Mais comment peut-on se distancier de ce qui fondamentalement nous compose et supporte le fait même de notre existence? C’est être profondément inconscient que toute chose fait partie d’un ensemble interconnecté et interrelié.
La distance que nous mettons entre nous et la nature m’inquiète de plus en plus.

Cette réflexion personnelle est nourrie par la lecture récente du livre de la chercheuse suédoise Bodil Jönsson, 10 considérations sur le temps. Ce livre traite d’un sujet qui nous concerne tous, mais qui est rarement abordé dans son essence, notre relation au temps (peut-être faute de temps!). Elle pose les questions suivantes : comment en avoir plus? Comment moins le fragmenter? Comment prendre le temps pour réfléchir et penser dans cette société en constante «révolution» où la technologie subjugue le paysage communicationnel? 41D44340E8L._SL160_AA115_

Il semble que la progression exponentielle de la technologie (exécutée par la collectivité) soit très différente du rythme naturel humain (qui lui est personnel). Je crois que c’est un peu pour cette raison que les changements sont si lents à opérer dans la collectivité; car ils doivent se faire à partir de chaque individu.

Le 3e siècle sera spirituel ou ne le sera pas (qui a dit ça au juste?)

*Je sais que mes observations peuvent paraitre denses ou fragmentaires, c’est que je rédige présentement deux articles; un sur la porosité entre les arts et le design, l’autre sur le sujet de la transformation dans le design (pour le magazine PICA).

Réflexion en cours donc.

Les paroles, les gestes, le lieu; le feu

«Ce sont des phénomènes très rafraîchissants et qui correspondent aussi à notre besoin de reprendre la parole. Non pas la parole narcissique du “Je suis l’artiste qui vient proférer”, mais une parole qui est envoyée comme un écho. Ces gens-là reprennent l’écho et voient de quelle façon la sensibilité résonne dans la population. On aura toujours besoin de la représentation. Qu’elle soit complexe, imagée, multimédia ou uniquement centrée sur la parole, c’est toujours la même chose.»
Comme si, après avoir recouru à toutes les techniques, l’être humain souhaitait renouer avec la rencontre préhistorique autour du feu. «Les Anciens, les aèdes, au temps d’Homère, devaient s’exprimer au couchant, autour d’un feu. Les gens ont besoin de se retrouver dans une représentation, tous ensemble, à réfléchir sur un écho donné, sur un mot donné. L’entendre ensemble. Ensemble, ça ne veut plus dire grand-chose, mais ça veut encore dire quelque chose. On est dans la nostalgie de ça.»
Jean St-Hilaire.
Comme l’ancien critique de théatre Jean St-Hlaire a dit récemment :
Ça merapelle un vieux conte qu’un de mes enseignants de l’époque, …., m’avais fait copie, afin de faire avancer mon projet du jardin du solstice d’Hiver. Ça va comme suit :

L’importance des récits collectifs dans la santé d’une société semble tranquillement redevenir d’actualité. On a qu’à penser aux nombreux conteurs qui connaissent un vif succès. Mais pas n’importe quels récits, des récits significatifs, qui aident les individus d’une société à se reconnaitre ou même s’émanciper. Une sorte de dialogue de la mémoire collective avec la mémoire individuelle. L’art, le design ou la création sont des façons de passer ces messages ou ces thèmes récurrents. Ceux-là mêmes qui aident à définir l’identité d’un peuple.

Comme le retraité critique de théâtre Jean St-Hlaire a dit récemment, à propos de certains artistes et du retour du conte dans notre société  :

«Ce sont des phénomènes très rafraîchissants et qui correspondent aussi à notre besoin de reprendre la parole. Non pas la parole narcissique du “Je suis l’artiste qui vient proférer”, mais une parole qui est envoyée comme un écho. Ces gens-là reprennent l’écho et voient de quelle façon la sensibilité résonne dans la population. On aura toujours besoin de la représentation. Qu’elle soit complexe, imagée, multimédia ou uniquement centrée sur la parole, c’est toujours la même chose.»

«Les Anciens, les aèdes, au temps d’Homère, devaient s’exprimer au couchant, autour d’un feu. Les gens ont besoin de se retrouver dans une représentation, tous ensemble, à réfléchir sur un écho donné, sur un mot donné. L’entendre ensemble. Ensemble, ça ne veut plus dire grand-chose, mais ça veut encore dire quelque chose. On est dans la nostalgie de ça.»

Jean St-Hilaire, tiré d’une entrevue réalisée par Isabelle Porter dans le journal Le Devoir.

Ça me rappelle un vieux récit qu’un de mes enseignants de l’époque, Benoit Favreau (homme de théatre également) m’avais fait copie, afin de faire avancer mon projet du jardin du solstice d’Hiver. La source m’est inconnue, mais ça va comme suit :IMG_2761

De l’inspiration en barre!

Solstice d’Hiver

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Journée du Solstice d’hiver 2009. Arrivée de l’hiver.
Aujourd’hui, il n’y aura seulement que 8:43 minute d’ensoleillement (mais il fera beau!).

Malgré le fait que mon événement du jardin du Solstice d’Hiver n’ait jamais réellement eu lieu, pour ma part, toutes les années à cette date, je revis l’aventure et le périple dans ma tête.

temple

Impossible de séparer le temps des fêtes de nos sociétés modernes des fêtes païennes qu’elles ont remplacées, mais ont peut facilement imaginer que les formes diffèrent profondément. Quoi qu’il en soit, ces rituels des fêtes de Noël ne font que refléter l’évolution de nos valeurs et croyances; nos paradigmes spirituels et relationnels avec la nature. Car c’est de quoi il s’agit ici, d’entrer en relation avec l’autre. Le temps de fêtes existe pour cette raison j’imagine.

Je termine avec cette citation de Saint-Thomas-d’Aquin, qui a dit un jour : «rien n’est en l’esprit qui n’ait été auparavant dans les sens». Je soupçonne notre ami Thomas d’utiliser plus que ces 5 sens afin d’arriver à ses conclusions (mais ça, c’est une autre histoire!) Mais peut-être s’agit-il de seulement faire de la place pour être réceptifs à ses intuitions, aux signaux codés de l’univers et aux lois qui le régissent. Mais qui dit place ou ESPACE, comme l’a si bien démontré notre ami Albert Einstein, dit nécessairement TEMPS. Et c’est ce qui nous fait cruellement défaut dans notre société d’aujourd’hui.

L’événement du Solstice d’Hiver n’était autre qu’un prétexte pour prendre le temps de s’arrêter et de remarquer le changement des saisons, de se projeter personnellement dans cette vision du cycle immuable de la nature et surtout, de sentir que nous en faisons partie.

Peut-être que si nous nous sentions plus partie intégrante de cette nature, l’échec du sommet à Copenhague n’aurait été si cinglant.
Mais je crois néamoins qu’en tout et partout nous avançons.

Heureuses Fêtes et joyeux Solstice d’Hiver à vous tous!

Too Many réseaux contact?

C’est bien parfois le temps qui nous est donné lorsqu’on est en voyage. Des petites capsules de temps libres qui se trouvent occupées par des pensées que le contact avec une personne fait re-germer.
La pensée qui m’est venue à rapport à la présence de tous ces réseaux professionnels parallèles et une certaine frustration qui vient avec l’impossibilité d’être présent partout à la fois… Mais est-ce possible? Faire des choix me direz-vous, mais une déception certaine s’ensuit, car la démultiplication des cercles et lieux de rencontres ne fait qu’augmenter les offres et possibilités… qu’il est bien entendu impossible de répondre.

Même si internet et les réseaux élus actuels comme facebook étendent les offres et possibilités, qu’en est-il de la réalité de tous ces mondes possibles? Il y a peut-être apparence de relation ou de contact avec des gens éloignés, mais la rencontre de l’autre ne se fait-elle pas toujours lorsque nous décidons de sortir de notre zone de confort pour entrer dans cette zone «dangereuse » de la «mitoyenneté»; dans ce nouveau lieu commun établi?

Je surf un peu sur mon idée de départ, qui était une espèce de perplexité devant l’offre démultipliée proposée par l’instantanéité de notre monde moderne et surtout l’impression de manquer parfois de belles occasions de rencontres bien réelles [mais j’aurais dû être là! oui, mais forcément pas ailleurs…]

TROP DE CHOIX = PLUS GRANDE INDÉCISION
C’est prouvé, trop de choix encombre notre faculté de décision. Plus on a de choix, plus la prise de décision sera ardue. Un exemple concret nous vient d’une étude scientifique effectuée avec des karatékas. En fait, plus un maître connait de variantes et façon de bloquer un coup, plus son temps de réponse face à une attaque sera long. Tandis qu’un novice aura un temps de réponse plus rapide, car son cerveau a moins de choix. Bon on parle de différence en millisecondes ici [et pas de la qualité du bloque], mais l’exemple est probant. C’est en fait un des dangers de la multidisciplinarité. Comment choisir sa voie devant l’internationalisation de l’offre et de la demande? Comment trouver notre spécificité dans cet océan d’images et de projets?…Je me rassure en pensant à la citation de Anthony Stafford Beer qui m’est revenue en mémoire dans le transit entre Bordeaux et Paris.

«Instead of trying to specify a system in full detail, specify it only somewhat. You can then ride on the dynamics of the system in the direction you want to go

En fait, ce qu’elle me dit, cette citation, est qu’il faut suivre sa route, aussi incongrue ou sinueuse qu’elle peut paraitre [mais en suivant toujours sa vérité] et que malgré les modes, courants ou influences, de garder le cap en les utilisant [ces dynamiques qui font bouger le système, l’économie, les réseaux] afin d’aller dans la direction qui nous parait la plus juste, pour soi. J’y reviens depuis des années afin de me recentrer sur les décisions que j’ai prises et sur mon parcours qui est, comme pour chacun de nous, unique et sans points de référence.

Alain Bashung chante, dans Bleu Pétrole :

…C’est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d’argent
La lunette d’un microscope
Et tous ces petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petits ou grands
Comme durant des siècles égyptiens
Péniblement…

Voilà, le voyage se termine demain matin. Je quitte cette maison dessinée et construite par mon ami architecte, une maison ergonomique et chaleureuse, qui comporte plein de petits lieux et d’images stimulantes. Retour au froid, mais à des endroits connus et des gens familiers. Ces deux semaines ont été des plus enrichissantes et révélatrices.