Penser…bâtir…Habiter…

Dans la philosophie d’Heidegger, la notion d’habiter est intimement liée à notre condition d’humain. Ce trait fondamental de notre être se manifeste dans la relation avec notre environnement et les bâtiments que nous construisons pour y habiter.

«Bâtir est, dans son être, faire habiter. Réaliser l’être du bâtir, c’est édifier des lieux par l’assemblement de leurs espaces.»

Je mettrais bientôt cette philosophie en pratique à Wakefield, petit village situé à 30 minutes d’Ottawa. Comme je suis d’avis que «c’est seulement quand nous pouvons habiter que nous pouvons construire», la prochaine année sera donc consacrée à l’étude du site, des composantes du lieu, de son ensoleillement, de la direction du vent et de l’écoulement des eaux. Ceci est tout de même important, car le site comprend un ruisseau et une dénivellation d’une dizaine de mètres.

Vue_sud-ouest du site

Villa Savoye de Le Corbusier

Villa Savoye

Villa Savoye

Visite de la Villa Savoye [prononcé Savoie en fait] en compagnie d’Arnaud. Cette maison, bâtie en 1931 est considérée comme l’une des oeuvres majeures de Le Corbusier. Selon moi, la force de ce bâtiment réside dans son ouverture sur la nature. Il y a un travail minutieux sur les limites entre l’intérieur et l’extérieur; ces deux espaces cohabitent et s’interpénètrent de façon réfléchie. En un mot, dans cet espace construit, on a parfois l’impression d’être à l’extérieur, ou tout du moins en contact étroit avec l’environnement [qui se compose de beaucoup de pelouse et d’arbres en arrière-plan].

Villa Savoye; vue extérieure

Villa Savoye; vue extérieure

Cette maison était supposée bouleverser les codes traditionnels de l’habitat domestique. Je dis supposée car bien que les lignes soient intéressantes, que tous les objets, le mobilier et les détails soient dessinés, il y a comme un décalage entre l’aménagement et l’ergonomie intérieure de la maison, et la réalité des usages au quotidien : certains couloirs sont petits, toutes les portes sont identiques, un lavabo est positionné en plein milieu du passage vers la cuisine et celle-ci ne comportait pas de four, mais seulement des plaques alimentées par l’électricité. Pourquoi? Parce que Mme Savoye désirait que sa maison soit en phase totale avec la modernité donc l’électricité devait être l’unique source d’énergie, car elle était nouvelle. Alors bien que tout ces geste étaient sensés refléter une nouvelle façon de vivre, celle-ci se limitait beaucoup plus dans une représentation physique et matérielle que dans une révolution des façons de vivre, des codes sociaux de l’époque. Une utopie formelle donc, ce que représente pour moi le trait fondamental de la modernité.
On peut alors imaginer les domestiques, servir le diner à tous les invités réunis par la famille Savoye à la Villa dessinée par Le Corbusier…

dogme

dogme

Ces trois mots reflètent la philosophie du célèbre architecte suisse. Alors que nombre de ses projets résidentiels et urbains sont demeurés à l’état d’études et de dessins [une bonne chose diront certains!] beaucoup de ses projets réalisés ne sont aujourd’hui plus habités. Dommage, car ce grand architecte a su remettre en question la formalité occidentale. Mais peut-être que d’habiter dans une utopie est difficile au quotidien…

Nouvelle esthétique 2.0 (suite)

Pour faire suite à mon dernier article :
Quoi qu’il en soit, le design d’interface, ou la scénarisation Web, tient dans l’établissement d’une expérience émotionnelle et physique; le parcours et les actions…la composition visuelle et l’ergonomie. Le design pourrait un jour évoluer pour devenir la discipline du “mapping”.

L’interaction entre le paysage physique et celui imaginaire n’est jamais loin. C’est une théorie récurrente dans ma pratique et mon enseignement. J’y reviendrais bientôt afin de clarifier ma pensée qui peut sembler, à ce moment-ci, un peu loin du Web. Mais voici la piste; le site et le lieu sont des concepts physiques qui trouvent des équivalents dans le domaine numérique (site-Web/site-paysage).

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