Kayak, coup de soleil et -6˚

Mon périple annuel d’ouverture des parcs nationaux a repris cette année. Je suis allé faire un petit tour du côté du parc de la Mauricie afin de reconnecter avec la nature et mettre un peu de côté les écrans et les claviers.
Cette année, j’ai emporté un kayak de mer afin de parcourir un plus grand territoire et profiter de la vue des falaises du lac Wapizagonke. L’hiver n’est pas si loin, des grosses parois de neiges qui s’accrochent aux arbres me le rappelaient sans cesse. J’ai assisté à un événement spectaculaire; un bloc de glace gros comme un fauteuil a décidé de se décrocher alors que j’observais la paroi. Quel fracas! Je n’ose imaginer avoir été SOUS sa trajectoire et recevoir tout le poids de cette neige compactée. Cet événement n’a fait que renforcer mon désir d’aller pagayer dans les eaux du nord avec les icebergs.

RÉSUMÉ
Coup de soleil sur les bras à force de ramer, baignade à 19˚ (66 F), et première nuit dans la tente à -6˚.
Pas chaud! avec seulement les ours, chevreuils et castor pour vous tenir compagnie. C’est assez bizarre de revenir à l’état de «proie» et se sentir vulnérable face aux animaux. Ça reconnecte avec quelque chose d’assez profonds en-soi.
La nuit était noire, mais c’est ce qu’il y a de beau dans la forêt; le matin avec un petit café, tout est oublié.

Fauteuil de glace

Fauteuil de glace

falaises

falaises

Exposition “Au pays de la maquette d’étude” à Monopoli

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J’ai visité la dernière exposition à la galerie Monopoli intitulée Au pays de la maquette d’étude. L’expo présente 40 maquettes de projets d’architectures de petite et moyenne dimension. Le propos de l’exposition est de réitérer l’importance de la maquette d’étude dans le processus d’architecture. Les 26 architectes canadiens qui participent à l’expo nous parlent de leur rapport avec la maquette; son rôle, sa vitalité dans cette ère numérique et d’imagerie virtuelle ainsi que sa pertinence lors du processus de recherche création. Les témoignages présentés avec les projets sont intéressants et permettent de mieux comprendre l’apport de ces petites constructions de papier, de balsa, de plâtre ou de bois. Certains projets nous démontrent les diverses phases évolutives d’un même projet (ce que j’ai le plus aimé); présentant ainsi les multiples maquettes nécessaires afin de soit rendre simplement l’essentiel d’un concept, ou soit d’exprimer les nombreux détails à un stade beaucoup plus avancé.

La scénographie dépouillée est signée Stéphane Pratte et Annie Lebel de l’atelier Insitu. La mise en expo se résume à d’épais panneaux de cartons découpés et empilés qui suggèrent une topographie imaginaire. Ce dispositif sert d’assise contextuelle afin de présenter les maquettes réalisées à diverses échelles.

Stimulant, pour ceux qui s’intéressent au processus créatif des architectes ou pour ceux qui apprécient le travail minutieux qu’exige la création de maquettes.

Paysages personnel en mouvances

Au début de ma pratique artistique, c’était le paysage physique qui modelait mon rapport à l’univers. Ses processus et sa présence me fascinaient : le climat, la végétation, les arbres morts, la pierre, l’eau, le vent, les os, la putréfaction, le feu, les processus de croissance, toute cette phénoménologie me fascinaient. De ce paysage physique naissait un paysage imaginaire. C’est-à-dire une histoire et un récit inventés. C’était suffisant pour engendrer mes points de repère, pour créer ma propre cosmologie, pour m’ancrer dans ma réalité.

Aujourd’hui, c’est le paysage imaginaire qui m’attire le plus. En fait, ce sont tous les aspects intangibles qui définissent mon rapport au concept d’espace, de site et de lieu. Non pas que les phénomènes et forces naturelles n’ont plus d’impact sur moi, mais bien parce que c’est à travers les personnes qui m’entourent que se définissent mes lieux. C’est donc à travers mes relations que s’ancrent mes petits univers, qui sans présence humaine, ou sans la trace de celle-cie, deviennent des sites non habités.

Cette réflexion se poursuivra. Car le concept de lieu; c’est à dire d’un espace devenu habité, est à la base de ma pratique et de ma relation au monde qui m’entoure.

Cécile Martin; métissage numérique

Je suis tombé sur le travail photographique de Cécile Martin, ancienne directrice de l’organisme Champ Libre de Montréal. Sa série Panorama est intéressante, certaines de ces images possèdent une sorte d’identité du lieu démultiplié. Une poétique spatiale à l’oeuvre. Allez faire un tour sur son site, Il n’y a que quelques photos, mais qui en valent le détour.

Montréal / © Cécile Martin

Montréal / © Cécile Martin

Algon / © Cécile Martin

Algon / © Cécile Martin

Joyeuse équinoxe du printemps!

Ha! c’est toujours avec tellement d’attente accompagnée d’une petite équeurite de l’hiver que nous célébrons l’arrivée du printemps! Plus qu’un simple fait du calendrier, c’est dans notre corps que nous ressentons cette transition des saisons. L’énergie du soleil se fait plus présente depuis quelques semaines maintenant et l’heure supplémentaire d’ensoleillement nous permet de vivre un peu plus après le travail. C’est la sortie de la léthargie hivernale qui s’amorce.

*L’équinoxe est le moment de l’année où la nuit et le jour sont exactement de la même durée. De plus, c’est à ces deux moments de l’année (équinoxe du printemps et celle de l’automne) que le Soleil se lève exactement à l’est et se couche exactement à l’ouest.
Moins spectaculaires que les solstices, il n’en demeure pas moins que ces points de repère phénoménologiques et climatiques sont des moments d’équilibre cosmologique… Et qui dit cosmologie fait appel à la métaphysique et à la spiritualité. Sujet vital pour l’humain, mais combien relégué aux calendes grecques à notre époque!

Jason Taylor : sculpture sous-marine

J’avais déjà vu le travail de cet artiste sur la couverture du livre Art Works Place, livre qui traite de la place du lieu dans l’art contemporain. C’est un bon ouvrage qui a capté mon attention à l’époque, mais l’image de la couverture était envoutante. Il s’agissait d’une installation sous-marine de l’artiste Jason deCaires Taylor. Ces sculptures sont créées dans l’optique de devenir, avec le temps, des habitats pour la faune et la flore marine. Les pièces sont installées dans des eaux peu profondes afin d’être accessibles aux plongeurs en apnée.

sculpture de Jason Taylor

sculpture de Jason Taylor

Cette photographie est une installation qui fait partie du premier jardin de sculpture sous-marin dans la baie Molinière, à la Grenade, dans l’océan Atlantique. L’idée d’investir ce lieu mystérieux [l’océan] est séduisante… Surtout lorsqu’il s’agit de coopérer avec l’écoumène existant. C’est une coopération avec la nature profonde du lieu, sa morphologie, sa phénoménologie et son équilibre. Intéressant et contemplatif.

sculpture de Jason Taylor

sculpture de Jason Taylor

Site, réseau et paysage

Le lien qui existe entre les définitions du site virtuel et du site physique semble de prime abord ténu. Mais les ramifications et les concordances s’amplifient à mesure que je complète la lecture de l’essai d’Anne Cauquelin, Le site et le paysage.

J’ai acheté ce livre par intuition, l’an dernier, à la librairie de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal. Les théorèmes avancés dans cet ouvrage me permettent de jeter un autre éclairage sur mon propre parcours artistique et professionnel, et de relier ma pratique multidisciplinaire ancrée dans le lieu physique [l’installation, le design d’exposition] et dans l’espace numérique [nouveaux médias et sites Web]. Je réalise que ma pratique multidisciplinaire ne s’est pas construite de façon fortuite, mais s’enracine plutôt dans une démarche qui vise un seul but; matérialiser, dans l’espace physique et celui virtuel, des projets qui font lieu; c’est à dire des espaces devenus habités.
Ce livre est tout indiqué pour ceux qui s’intéressent aux pratiques et oeuvres du cyberespace. Il permet de mieux comprendre l’articulation des concepts concernant le réseau internet. Pour les praticiens du domaine, c’est un ouvrage incontournable qui procure perspective face à ce sujet si récent. Le Web n’a que 15 ans.

«Espace, site, lieu, paysage : ces termes semblent avoir subi un boulversement depuis l’apparition de nouveaux dispositifs spatio-temporels liés au cyberespace. Ambiguités du vocabulaire, chevauchement des usages, élargissement, voire même effacement des frontières entre les différents champs d’application, telles sont les difficultés qui à la fois font obstacle à l’analyse et en même temps la convoque.»

ELe site et le paysage, Anne Cauquelin

Le site et le paysage, Anne Cauquelin