Jason Taylor : sculpture sous-marine

J’avais déjà vu le travail de cet artiste sur la couverture du livre Art Works Place, livre qui traite de la place du lieu dans l’art contemporain. C’est un bon ouvrage qui a capté mon attention à l’époque, mais l’image de la couverture était envoutante. Il s’agissait d’une installation sous-marine de l’artiste Jason deCaires Taylor. Ces sculptures sont créées dans l’optique de devenir, avec le temps, des habitats pour la faune et la flore marine. Les pièces sont installées dans des eaux peu profondes afin d’être accessibles aux plongeurs en apnée.

sculpture de Jason Taylor

sculpture de Jason Taylor

Cette photographie est une installation qui fait partie du premier jardin de sculpture sous-marin dans la baie Molinière, à la Grenade, dans l’océan Atlantique. L’idée d’investir ce lieu mystérieux [l’océan] est séduisante… Surtout lorsqu’il s’agit de coopérer avec l’écoumène existant. C’est une coopération avec la nature profonde du lieu, sa morphologie, sa phénoménologie et son équilibre. Intéressant et contemplatif.

sculpture de Jason Taylor

sculpture de Jason Taylor

Quelle image les gens se font-ils de la ville?

C’est la question que Anne Cauquelin pose (voir article précédent) dans ses dernières recherches.
Question actuelle si on en juge par le nombre d’expositions qui traitent du sujet, du nombre de colloques et conférences en relation avec les champs de l’art qui produisent ces actions, de programme universitaire mis sur pied pour former les créateurs qui oeuvreront dans la conception de projets culturels, du nombre de projets artistiques qui mettent en jeu la participation active du public, etc. Cette préoccupation semble donc centrale pour bon nombre d’organismes administrateurs des espaces urbains, des artistes, designers ainsi que du public en général. Il y a, semble-t-il, urgence à réactiver la dimension sociale et imaginaire dans l’espace de la ville.

Question récurrente pour moi également, surtout depuis la production de mon projet d’art public interactif Fortunecookie. Souvent, c’est avec le recul que nous pouvons comprendre l’origine et les ramifications profondes de certains de nos projets de longue haleine. Fortunecookie est en ce moment la matérialisation de mes recherches entamées depuis plusieurs années. C’est comme une synthèse de mes diverses préoccupations en un seul projet, motivé par le désir de transformer nos espaces de vies quotidiens.

Comme ce projet requiert une implication du public par la production de petites capsules textuelles, il est possible d’avoir un portrait des aspirations, désirs et préoccupations des gens qui habitent une ville particulière [en fait là où le projet est présenté]. Une sorte de polaroid ou image d’une ville à un temps donné.

Alors que le projet interactif a été présenté à New York, en Outaouais et bientôt à Montréal, il est possible de faire ressortir une thématique propre à chaque ville. Je m’explique : les textes reçus à New York ne sont pas du tout les mêmes que ceux reçus dans la région d’Ottawa et de l’Outaouais [mis à part la langue évidemment]. Je peux dès lors imaginer que ceux que j’obtiendrais de Montréal seront de nature tout aussi différente.
POURQUOI? Beaucoup à cause du titre employé.
En effet, à New York, le projet a revêtis un nouveau titre : SendGoodKarma. En s’écartant de l’image du fortunecookie, j’ai pu constater que la teneur des messages reçus était beaucoup plus personnels et plus loin du format employé dans les fortunes retrouvées dans les petits biscuits chinois. Le titre est donc en fait la seule ligne éditoriale du projet. C’est ici que la signalisation et le design graphique jouent un rôle prépondérant. Autant les utiliser avec discernement. Le titre pour la présentation à Montréal sera divulgué sous peu.

Quelle image les gens se font-ils de leur ville?
C’est un peu la question à laquelle le projet invite à répondre.

Orange Works

Debout tôt ce matin à la maison [ce que le décalage horaire a de bien au retour de Paris] j’ai pu prendre le temps de revisiter certains projets que j’ai découvert lors de mon voyage. Le projet Orange works m’a interpellé. Il s’agit d’une collaboration entre les artistes John Hawke et Sancho Silva.

infogon

infogon

La collaboration entre l’artiste Sancho Silva et John Hawke a produit des résultats fort intéressants. Cette série, intitulée Orange Work, fait référence aux matériaux et à l’imagerie des acteurs de la construction urbaine. Cette série de projets se décline par des installations en milieu urbain. Certaines légales, d’autres plus subversives, elles s’adressent toutes au public qui anime ces villes et ces quartiers. Des petites installations qui contribuent à modifier et bonifier l’expérience de vie au sein de la ville.
J’aime bien ce genre de projets qui modifie la perception et la relation du public à l’art actuel. Plus qu’une simple contextualisation d’oeuvre dans les espaces de vie du public, ce genre de projet permet à celui-ci d’expérimenter les oeuvres, de les vivre et les toucher. Une désacralisation de l’objet par l’usage.

restarea

restarea

Palais de Tokyo : GAKONA

Aujourd’hui, visite au Palais de Tokyo. L’espace est bigarré, un mix entre un style classique, hérité de l’expo universelle de 1900, mélangée à une rénovation contemporaine [laCaton et Vassal] qui se veut intentionnellement «incomplète». Bel espace, belle librairie, mais surtout belle expo, quelque chose de vraiment différent.

Le thème prend pour point de départ un travail de Nikola Tesla, un des plus grands scientifiques de l’histoire des technologies. Son travail portait principalement sur le développement de méthode de conversion et de transport d’énergie. Le projet qui a inspiré l’expo est l’idée de diffuser, sans fil, de l’électricité à toute la planète grâce à de gigantesques résonateurs à haute fréquence. Ce projet utopique [mais presque réalisé] donne le ton à l’expo; «des oeuvres qui échappent à toute velléité d’interprétation figée, elle [cette expo] poursuit ainsi la volonté du Palais de Tokyo de promouvoir une dynamique du regard et de l’esprit, fondée sur une oscillation permanente entre pôles opposés.»
Une expo définitivement à la croisée de l’imaginaire et du réel. Pour exemple, le premier projet présenté est une table de bois qui flotte littéralement dans l’espace, portée par un haut débit d’air propulsé d’à partir d’un trou dans le sol.

table volante

Détail de la table volante

Détail de la table volante

Une autre pièce nous présente deux parapluies montés sur deux résonateurs électriques. À des moments intermittents, lorsque l’énergie est suffisamment chargée, le courant se déleste en passant d’un côté à l’autre, produisant un arc électrique et un bruit assourdissant!

Parapluie électrique

Parapluie électrique

La dernière installation est une pièce interactive, dans ce sens que celle-cie nous donne à ressentir les énergies et le champ magnétique qu’elle produit. C’est cette pièce qui est la plus unique, car lorsque je suis entré dans son champ d’action, des picotements se sont manifestés sur le dessus de ma tête accompagnée d’un bourdonnement maléfique! Quelle expérience que de ressentir un champs magnétique de 10 000 volts passer au dessus de sa tête. Nous sommes définitivement des êtres bioélectriques sur qui les champ magnétiques et les micro-ondes ont une influence certaine…

Champ magnétique

Champ magnétique

C’est d’ailleurs la seule expo de ma vie où j’ai dû lire et signer une décharge qui déresponsabilisait l’artiste de tout effet de son oeuvre sur moi. Le panneau mentionnait d’éviter tout contact avec le visage d’autres visiteurs, en particulier les yeux[!]
Une expérience physique à des lieux d’une expérience purement esthétique…
:p

Décharge

Décharge

Gakona : Micol Assaël / Ceal Floyer / Laurent Grasso / Roman Signer

Atelier Brâncusi

Journée froide, grise et humide; on se croirait en plein automne au Québec! Mais je ne m’en plains pas, journée parfaite pour flâner et visiter des expos [en plus qu’il doit surement subsister quelques pieds de neige pour m’accueillir à mon retour]! Je suis donc passé au centre Georges Pompidou. Belle visite, jolie librairie bien garnie [j’ai réussi à me retenir et n’acheter que 2 livres!] et parcours mémorable dans l’atelier de Constatin Brâncusi. Je n’avais pas réalisé combien son atelier était important dans sa vie comme dans son travail. Ses pièces étaient disposées de façon minutieuse dans ses espaces et il prenait des photos d’elles à différentes étapes de leur construction. L’image, la trace photographique, la présentation de ses pièces était très importante. Cette préoccupation se retrouve également dans le travail des socles de ses sculptures. C’est d’ailleurs le moment dans l’histoire de l’art, ou le socle a fait son entrée comme partie intégrante de l’oeuvre. Un petit pas de plus vers l’intégration du contexte comme partie indissociable du projet.

atelier Brancusi

atelier Brancusi

Il vivait littéralement au milieu de ses sculptures, sur la petite mezzanine, tout au fond.