La route; Cormac McCarthy

Je viens de terminer le roman de science-fiction La route. Je devrais parler ici d’un livre d’anticipation, car les événements se déroulent dans une temporalité proche de la nôtre, et c’est plutôt la situation qui est extraordinaire; les deux protagonistes se retrouvent dans un univers postapocalyptique où la survie dépend de chaque instant, de chaque geste. La fin du monde devenue réalité.

Aucune ville n’est nommée, aucune référence aux événements qui ont engendré ces paysages désolés et qui ont plongé les deux personnages dans la course à la survie. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est qu’il s’agit du père et de son fils et que ce dernier est né pendant le cataclysme qui est au coeur du livre. Leur objectif; prendre la route pour rejoindre la mer vers le sud, dans l’espoir de retrouver un environnement (physique et humain) plus clément. Car l’instinct de survie manifeste chez les quelques hommes encore en vie a tué la majorité de leur moralité et plusieurs s’adonnent au cannibalisme.

Je parle de ce livre, car les images et l’esprit du lieu de fin du monde qu’il a fait ressurgir en moi sont forts et puissants. La façon dont McCarthy décrit la désolation régnante est palpable et remplie de mélancolie. À chaque maison qu’ils visitent, à chaque ville qu’ils traversent, à chaque événement qu’ils rencontrent, l’auteur nous décrit le paysage, les textures, les odeurs et la couleur des lieux. Mais il décrit également la mémoire de ces artéfacts et de ces espaces, l’usage que l’on en faisait lorsque tout était normal… On sent l’entropie qui s’est emparée de nos constructions et de nos objets (futiles à ce point, car la seule énergie qui subsiste est le feu). On sent la fin de l’humanité à chaque page.

La lecture de ce livre induit un exercice de réflexion sur nos valeurs et l’importance qu’occupent nos possessions matérielles modernes. Ce roman porte en son sein une lumière puissante qui nous fait redécouvrir ce que peut vouloir dire être humain, après que tout soit disparu.

Ce livre a gagné, en 2007, le Prix Pulitzer.

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L’Image est tirée du film.

101 Things I Learned in Architecture School

Le livre 101 Things I Learned in Architecture School est une petite perle en soit. Les 101 chroniques sont toutes présentées sur deux pages (ou un spread dans le jargon) avec d’un côté une image et de l’autre une petite capsule textuelle.
L’auteur, Matthew Frederick, présente des idées simples comme la meilleure façon d’esquisser une ligne à des théories comme l’espace spatial négatif ou les problématiques de circulation dans les bâtiments. Un livre à recommander à tout les créateurs qui sont intéressés par l’architecture et qui désirent avoir une entrée accessible en la matière.

J’ai relevé une citation particulièrement intéressante qui parle de la qualité des idées et de l’apport de l’ordinateur dans le processus créatif : «When overused as a design tool, however, computer drafting programs can encourage the endless generation of options rather than foster a deepening understanding of the design problem you wish to solve»

Traduit librement : Lorsque surutilisés dans un processus de design, les logiciels de dessins encouragent la génération d’options illimités et détournent de la compréhension profonde et de la recherche de solution tangible au problème posé.

…C’est un des dangers que les nouvelles technologies apportent avec leur lot de liberté. J’ai souvent vu ceci dans mes classes et mes ateliers. L’accessibilité et la facilité de manipulation des logiciels de design favorisent trop souvent une variation ou des itérations sur un même thème. Ce ne sont pas toujours des idées qui sont générées, mais trop souvent des styles qui sont reproduits. Aujourd’hui, presque tout le monde peut s’improviser designer (car les outils sont si facilement accessibles), mais être capable de manier les outils ne signifie pas être en mesure de répondre pertinemment à une problématique posée. L’intelligence, l’intuition et la créativité authentique demeurent les meilleurs outils pour alimenter tout processus de design.
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Design like you give a damn ; architecture de l’urgence

Dans ce contexte de séisme épouvantable à Haïti, le livre Design like you give a damn, m’est apparu comme des plus pertinents à reconsulter-mis à part le fait de faire un don à la croix Rouge évidemment!

C’est un superbe livre qui regroupe toutes sortes de projets créés dans un seul but; répondre, à l’aide de design inventifs et intelligents, à des problématiques d’urgences humanitaires. C’est inspirant de voir des projets dirigés par ce genre d’impératif. Trop souvent, les designers et architectes sont loin des populations, régions et événements où ils seraient le plus demandés. Le design peut répondre à tellement de problèmes quotidiens par des solutions intéressantes, esthétiques, sensibles et intelligentes. Ce livre en est un témoin exemplaire. Le monde a besoin de plus d’investissement dans le bon design et l’architecture réfléchie.

L’image ci-dessous est tirée du livre et présente une pompe à eau doublée d’un tourniquet. Apportant ainsi un côté ludique à un geste qui demeure quotidien pour certaines populations; pomper manuellement leur eau. Ici, obtenir de l’eau devient un jeu d’enfant.

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Site de la Croix Rouge Canadienne pour faire un don en ligne.

Croix Rouge

Collaboration photographique au livre de Chantal Ringuet

9 de mes photographies viendront s’ajouter au recueil de poésie de l’écrivaine Chantal Ringuet. Le livre, intitulé le Sang des Ruines, a pour thème les conséquences des conflits armés sur le paysage humain ainsi que les ruines plus personnelles qui nous habitent chacun. Pour cette oeuvre, Chantal Ringuet a reçu le prestigieux prix littéraire Jacques-Poirier. Le livre sera lancé lors du 31e Salon du Livre de l’Outaouais, en février prochain, où elle sera l’invitée d’honneur.

Mme Ringuet m’a contacté afin de voir la possibilité d’inclure certaines de mes oeuvres photographiques dans son ouvrage. Comme mon travail photo traite beaucoup de l’esthétique des ruines et que son texte me parlait beaucoup, cette association a semblé toute naturelle.

Pour ce faire, j’ai travaillé à partir du texte de Chantal afin d’associer des extraits qui semblaient résonner avec certaines de mes photographies. Par la suite, j’ai établi une séquence, une scénarisation du récit en image qui vient appuyer la trame narrative de l’oeuvre écrite. En fait, les oeuvres photographiques accompagnent certains poèmes et y ajoutent une dimension visuelle; une autre strate de sens.
J’ai bien hâte de voir ce livre, la matérialisation de cette belle collaboration.

Le Sang des Ruines, coopératives d’édition les écrits des hautes terres

Exhibition Design / David Dernie

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Je n’ai pas l’habitude d’acheter des livres qui présentent une collection de projets sur une discipline particulière. Surtout parce que le livre devient vite dépassé, présentant une sorte de “polaroid” de projets variés qui inévitablement vieillissent. J’aime mieux les ouvrages théoriques qui permettent de saisir comment la discipline a évolué, s’est transformée, comment elle est devenue ce qu’elle est afin d’anticiper où elle ira par la suite.

Mais ici, j’ai fait une exception, parce que l’introduction de ce livre était pertinente et que l’étendue de la discipline était si bien synthétisée. Je parle de l’ouvrage Exhibition Design de David Dernie. Séparé en deux parties, il nous explique premièrement les approches et ensuite les techniques de ce domaine du design. Mais c’est son introduction qui résume si bien le paradigme créatif de cette discipline.
Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais vous poser une question : À qui appartient cette discipline? Au design graphique? Au design d’environnement? À l’architecture? À la scénographie? À la muséologie? Aux conservateurs? Aux gestionnaires de projets? Impossible à catégoriser. Vous l’aurez deviné, cette discipline est résolument multidisciplinaire. L’ouvrage en parle évidemment, mais ce fait n’est admis que de puis peu par les intervenants du milieu, et encore!

Je me souviens, il y a presque dix ans, d’une assemblée professorale où un j’ai eu à défendre l’importance d’une approche pédagogique multidisciplinaire afin d’enseigner cette discipline. Je me rappelle une certaine voix dissidente qui exprimait que le design d’exposition n’était autre que le design graphique appliqué à la verticale sur des murs! Mes oreilles en silent encore aujourd’hui! Comment réduire le design d’exposition à cette simple expression, alors que cette discipline exploite les codes de l’installation, du théâtre, de l’architecture, du cinéma, de l’interactivité, du design d’environnement et surtout, du récit? Car lorsqu’on parle d’exposition, on parle nécessairement d’une histoire qui est racontée à travers des objets, des parcours, des lieux, des éléments graphiques, des sons, des odeurs, des éclairages, etc. On parle donc d’une discipline qui s’adresse à tous les sens; pas seulement à la vision.

«Narrative has been central to exhibition design in recent times. It is literally about an approach to ordering objects in space in a way that tells a story. In that sense exhibition design is regularly defined as narration.» p.10

C’est une discipline merveilleuse et exigeante à enseigner; car il s’agit de faire une synthèse de plusieurs champs des arts et de la création en général. Il n’y a pas de formule toute faite ou de processus infaillible. Le créateur ou le designer d’exposition doit être en mesure de raconter une histoire à partir du contenu qu’il a à présenter avec l’aide du lieu avec lequel il doit composer. C’est arriver à créer une expérience, c’est-à-dire un événement qui sera assez fort pour que le public en retienne quelque chose. Qu’il ait mémoire de l’événement.

No more Rules : graphic design and Postmodernism

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La modernité est facile à cerner lorsqu’il s’agit de parler de projets d’architecture, mais la chose se complique lorsque vient le temps de faire une description claire de cette période dans le monde du design graphique. Pourquoi faire une chose pareille me direz-vous? Parce qu’il est important de savoir d’où on vient pour savoir où l’on va; parce qu’il est important de saisir les forces et idéologies qui ont modelé notre monde et les artéfacts qui nous servent à le décrire (en l’occurrence ici les objets du design graphique) et finalement parce qu’en tant que praticien, il parait essentiel d’avoir des points de vues théoriques pour nourrir et éclairer une pratique fondée dans le faire.

L’ouvrage de Rick Poynor fait exactement ceci; il cerne les éléments et les processus impliqués dans le design graphique qui définissent une pratique postmoderniste. Décrivant du même coup ce qu’était la modernité pour ce champ des arts. Ce qui m’intéresse dans son ouvrage n’est pas tellement la définition de la modernité dans le design graphique, mais bien les éléments qui en définissent le contraire. Ces riches explications par rapport aux projets marquants de la dernière décennie aident à comprendre comment le processus du design graphique s’est vu irrémédiablement modifié avec la fin de la modernité (surtout avec l’arrivée des ordinateurs; donc du changement de paradigme technologique).

Rappellons que la modernité ou le style moderne, appliqué au design graphique, s’est surtout manifesté dans ce qu’on appelle le style international ou le style Suisse. Ce style est marqué par l’utilisation des caractères sans-sérif (dont la police de caractère Akzidenz-Grotesk ou Helvetica est la plus grande empreinte) des grilles graphiques structurantes et surtout peu d’éléments visuels; le fameux less is more.

Le livre No more rules graphic design and Postmodernism est organisé selon 7 chapitres thématiques : Origins (origines), Deconstruction, Appropriation, Techno, Authorship (auteur) et Opposition. L’avantage majeur de cette organisation permet non seulement de présenter les travaux selon un ordre thématique (ou herméneutique) mais aussi de nous fournir des pistes concernant les différentes techniques employées à travers ces mêmes projets. Ceci est important, car le design graphique est une discipline qui s’ancre dans le faire. Et qui dit faire en design implique souvent une commande, encore plus souvent des clients et toujours l’existance de contraintes. C’est pourquoi les théories qui concernent le graphisme et les projets de recherche pure dans ce domaine sont si peu nombreux… Dommage, mais Rick Poynor est un critique pertinent qui jette un éclairage intelligible sur ce domaine de la création. Il est également un tenant du designer comme auteur et son livre en fait l’apologie. Je le cite :

»Designers should write not in order to become better writters, but to become better designers.»

Ceci renforce l’idée du designer graphique comme auteur.
Un thème central relié au design postmodernisme.
Une position que je défends.

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Transient Sedimentation / Lars Kordetzky

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Transient sedimentation

Transient Sedimentation est un livre tiré d’une série publié par RIEA [Research Institute for Experimental Architecture], basé à Bern en Suisse, édité sous la direction de Lebbeus Woods. Cette série est vraiment intéressante car chaque livre nous propose une réflexion théorique sur un sujet particulier de la création architecturale, en plus de présenter des projets démontrant cette théorie appliquée.

L’ouvrage de Lars Kordetsky parle des forces (celles apparentes et celles invisibles) qui sont toujours à l’oeuvre dans l’espace du réel. Ces forces et concepts sont essentiels dans la définition de l’identité d’un site. Constamment en mouvement et en redéfinition, ils sont à considérer et à respecter lors des projets architecturaux.

  • Lines, sins, current
  • Dynamic world
  • Matrix
  • Net
  • Drift
  • disintegration and renewal
  • Space of Projection, Flasing of lines, Actualization
  • etc.
  • Comme le titre le dit, ces forces éphémères s’additionnent en strates afin de créer l’identité et le caractère particulier d’un lieu. Même invisibles, ces forces demeurent présentes et agissent sur l’identité d’un lieu, d’un site. Pour illustrer ceci, le livre débute avec un extrait du livre de Herman Melville, Moby Dick :
    «Queequeg was a native of Kokovoko, an island far away to the Est and South. It is not down in any maps; true places never are».

    Design graphique par büro destruct, basé Bern.
    Inspirant + nourrissant pour tous ceux qui travaillent avec l’espace et la composition.