_ _ make a road for the spirit to pass over

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La pertinence d’une discussion avec un ami philosophe me pousse à poursuivre cette réflexion avec vous. Voici le topo : malgré la proximité des autres et les innombrables gadgets de communications actuels, il semble que nous soyons toujours et de plus en plus, seuls avec nous-mêmes. Le défi est d’apprendre à vivre avec cet individu qui a parfois des idées, envies et désirs conflictuels.

C’est probablement ce qui fait notre humanité; cette propension si facile à pencher vers le paradoxe. Est-ce du fait de notre «double» constitution, ce corps physique et cet esprit intangible? L’idée est de balancer les deux dans cet univers matériel où notre désir d’absolu ne cesse de crier au secours. Les nouvelles technologies et la société de l’image ne font qu’augmenter cette distance entre ces deux pôles aux besoins si conflictuels. Comment évoluer avec nos gadgets et la facilité qu’ils procurent sans perdre de vue ce qui constitue notre humanité? Malheureusement, la mesure actuelle du progrès se résume à ceci : plus une société exerce un contrôle sur la nature et ses processus, et plus elle est considérée comme développée!

Faudrait-il changer notre barème?
Considérer d’autres aspects?
Sinon, jusqu’où cette ligne de pensée nous conduira?
Je n’en connais pas la mesure. Mais comment peut-on se distancier de ce qui fondamentalement nous compose et supporte le fait même de notre existence? C’est être profondément inconscient que toute chose fait partie d’un ensemble interconnecté et interrelié.
La distance que nous mettons entre nous et la nature m’inquiète de plus en plus.

Cette réflexion personnelle est nourrie par la lecture récente du livre de la chercheuse suédoise Bodil Jönsson, 10 considérations sur le temps. Ce livre traite d’un sujet qui nous concerne tous, mais qui est rarement abordé dans son essence, notre relation au temps (peut-être faute de temps!). Elle pose les questions suivantes : comment en avoir plus? Comment moins le fragmenter? Comment prendre le temps pour réfléchir et penser dans cette société en constante «révolution» où la technologie subjugue le paysage communicationnel? 41D44340E8L._SL160_AA115_

Il semble que la progression exponentielle de la technologie (exécutée par la collectivité) soit très différente du rythme naturel humain (qui lui est personnel). Je crois que c’est un peu pour cette raison que les changements sont si lents à opérer dans la collectivité; car ils doivent se faire à partir de chaque individu.

Le 3e siècle sera spirituel ou ne le sera pas (qui a dit ça au juste?)

*Je sais que mes observations peuvent paraitre denses ou fragmentaires, c’est que je rédige présentement deux articles; un sur la porosité entre les arts et le design, l’autre sur le sujet de la transformation dans le design (pour le magazine PICA).

Réflexion en cours donc.

La route; Cormac McCarthy

Je viens de terminer le roman de science-fiction La route. Je devrais parler ici d’un livre d’anticipation, car les événements se déroulent dans une temporalité proche de la nôtre, et c’est plutôt la situation qui est extraordinaire; les deux protagonistes se retrouvent dans un univers postapocalyptique où la survie dépend de chaque instant, de chaque geste. La fin du monde devenue réalité.

Aucune ville n’est nommée, aucune référence aux événements qui ont engendré ces paysages désolés et qui ont plongé les deux personnages dans la course à la survie. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est qu’il s’agit du père et de son fils et que ce dernier est né pendant le cataclysme qui est au coeur du livre. Leur objectif; prendre la route pour rejoindre la mer vers le sud, dans l’espoir de retrouver un environnement (physique et humain) plus clément. Car l’instinct de survie manifeste chez les quelques hommes encore en vie a tué la majorité de leur moralité et plusieurs s’adonnent au cannibalisme.

Je parle de ce livre, car les images et l’esprit du lieu de fin du monde qu’il a fait ressurgir en moi sont forts et puissants. La façon dont McCarthy décrit la désolation régnante est palpable et remplie de mélancolie. À chaque maison qu’ils visitent, à chaque ville qu’ils traversent, à chaque événement qu’ils rencontrent, l’auteur nous décrit le paysage, les textures, les odeurs et la couleur des lieux. Mais il décrit également la mémoire de ces artéfacts et de ces espaces, l’usage que l’on en faisait lorsque tout était normal… On sent l’entropie qui s’est emparée de nos constructions et de nos objets (futiles à ce point, car la seule énergie qui subsiste est le feu). On sent la fin de l’humanité à chaque page.

La lecture de ce livre induit un exercice de réflexion sur nos valeurs et l’importance qu’occupent nos possessions matérielles modernes. Ce roman porte en son sein une lumière puissante qui nous fait redécouvrir ce que peut vouloir dire être humain, après que tout soit disparu.

Ce livre a gagné, en 2007, le Prix Pulitzer.

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L’Image est tirée du film.