L’altérité comme lieu de rencontre

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Introduction

Le séminaire «récit de voyage hypermédiatique» dans lequel cet essai s’inscrit s’est déroulé à l’hiver 2016. Ce groupe de recherche création, comme je devrais plutôt le nommer, s’est penché sur les nombreuses relations qu’entretiennent la création et l’expérience du voyage. Comme nous avons pu le constater, le sujet est vaste et peut s’étendre, à l’image du rhizome, quasi à l’infini. La quantité et la diversité des textes proposés par la professeure Miron indiquent d’ailleurs comment cette idée s’infiltre dans une multitude de postures de recherche, de pratiques quotidiennes de la création et même d’orientations pédagogiques.

Pendant cette session d’hiver, nous avons notamment étudié la différence entre le parcours du touriste et de celui que nous appelons le voyageur, été introduit au concept de liminarité, du rite de passage et de l’agrégation dans quelques sociétés, parlé des concepts de territorialité et de géographie culturelle, compris les subtiles différences à l’œuvre dans le processus de création et certaines catégories d’intelligences créatives, participé à une retraite autochtone avec un chef Algonquin qui nous a partagé la sage philosophie de son peuple et nombres d’autres sujets tout aussi stimulants. Mais ce qui m’a le plus interpellé est la posture avec laquelle nous avons abordé les travaux et rencontres de ce groupe de recherche. Je parle ici de la posture de recherche création A/R/Tography (De Cosson and Irwin 2004), dont la philosophie repose sur l’altérité. Les A/R/Tographes (traduction libre maintenant utilisée dans ce texte) acceptent que leur savoir soit informé par la mouvance même du projet et du contact avec l’autre. Et l’autre peut autant être un autre individu qu’une autre des identités personnelles du chercheur créateur. C’est-à-dire que ce processus table sur une position organique perméable, misant sur la construction des savoirs informée par l’interaction des différentes pratiques de la recherche, de la création et de l’enseignement. L’A/R/Tographie est donc un processus d’interactions interne et externe qui repose sur la co-construction des connaissances.

C’est donc avec cette approche que nous avons abordé le sujet de ce groupe de recherche, faisant beaucoup place au parcours de découverte et du partage de celle-ci avec le reste des membres du groupe. Il faut préciser ici que ce processus dans lequel nous avons été conviés reflète peu les manières de faire et standards traditionnels des processus de recherche académique universitaire. La principale différence repose sur l’idée du partage et du dialogue alors que les groupes de recherche traditionnels encouragent plutôt la verticalité des connaissances. Dans ce groupe de recherche sur les récits de voyage hypermédiatique, personne, a priori ne détenait la vérité absolue ou ne jouait le rôle de directeur suprême. Chacun apportait sa contribution et ses expériences personnelles face au sujet et acceptait que ses positions soient remises en jeu. Par ce processus, nous avons été invités à remettre constamment nos idées à l’épreuve du réel et de l’expérience afin d’y apporter un autre éclairage. Comme j’ai pu m’en rendre compte, c’est surtout notre expérience de la relation à l’autre qui a été requestionné afin de stimuler la curiosité, la découverte et l’évolution.

S’il n’y a pas de «professeur» maître à bord, qui mène le bateau?

Bien entendu, la professeure Miron a mis la table et a engagé le groupe de recherche dans cette direction A/R/Tographique. Mais elle a par la suite joué un rôle plutôt effacé pour laisser la place aux autres membres du groupe. Alors je ne crois pas que ce soit tant l’absence d’un tuteur qui a caractérisé ce groupe de recherche, mais plutôt la présence de plusieurs mentors à différentes étapes du processus. J’aime bien utiliser la figure du mentor plutôt que du patriarche (plus près du maître traditionnel), car la différence entre ces deux attitudes est très claire. Dans le cas du père, celui-ci incarne la figure d’autorité à respecter sur laquelle il faut s’aligner. Tandis que dans la figure du mentor, il s’agit plutôt d’inculquer la paternité au lieu de l’incarner. De donner à l’autre les clefs nécessaires afin qu’il traverse lui-même les différents seuils pour modifier sa perspective, son jugement, ses actions, sa pensée, etc.

Dans cette perspective, chaque membre du groupe de recherche a donc eu quelque chose à apporter à la réflexion à un temps donné. Un peu à l’image du bâton de parole utilisé dans les cercles de paroles des Amérindiens, où l’attention sans équivoque est accordée à celui qui détient ce puissant objet émotionnellement chargé, chaque membre du groupe détenait un savoir pertinent à un temps donné. Les savoirs A/R/Tographiques se déploient donc à l’image du rhizome en misant sur la pluralité des connexions/contributions. C’est la force de ce système qui porte en son sein même toutes les connexions possibles des pensées de ses intervenants.

L’autre comme tremplin des connaissances

La posture A/R/Tographique implique en son centre l’horizontalité. C’est-à-dire le développement de la connaissance par une philosophie qui s’appuie sur l’altérité. En misant sur la qualité des relations humaines et la contribution de tous les différents intervenants, les A/R/Tographes enrichissent ainsi leur propre processus de recherche création. Cette posture mise sur la richesse des points de vue différents que l’autre peut amener face à sa propre réflexion.

«As a teacher I am also reminded of the power of the student as «other», that without this «other» constantly reflecting back to me my [re]learning, I am nothing. Without the «other» honoured as equal in the circling hermeneutic of learning and [re]learning, I will become ungrounded.»  (Alex de Cosson, The Hermeneutic Dialogic).

J’aime mettre l’état du chercheur en parallèle avec celle de l’étudiant. Les deux ne sont pas si fondamentalement différentes : il s’agit d’un état d’ouverture, d’expérimentation de découverte. Mais parfois l’étudiant a besoin d’être guidé, accompagné. Il a besoin d’un mentor ou d’un Gourou (qui signifie personne qui a du poids dans un domaine) pour lui montrer une autre voie afin qu’il puisse avancer dans le chemin à sa façon. Mais c’est peut-être également la condition du vrai chercheur; qui demeure ouvert aux opinions extérieures, aux collaborations et opinions divergentes afin de l’aider à ouvrir sa perspective. Enfin, l’image du chercheur qui opte pour une posture A/R/Tographique. C’est dans cette condition que je crois que ce type de chercheur est également un étudiant. Car il demeure perméable à l’autre, perméable à l’errance (mot qui fait tant peur dans les sphères académiques!), qui est prêt à s’engager dans ces territoires flous, mais combien riches que sont les relations humaines.

Le chercheur comme étudiant autonome

L’idéal serait d’être un chercheur qui soit un étudiant autonome. Dans la mesure où ce type de chercheur demeure perméable aux enseignements des autres, aux événements, aux détours et surtout à ses étudiants et à ceux qui sont considérés comme des «subalternes». Je n’aime pas employer ce mot, mais il fait image pour exprimer clairement mon propos. Car qui dit être ouvert aux opinions non hiérarchiques signifie être ouvert à ses lacunes ou ses limites personnelles, mais inversement à toutes les directions inattendues ou non envisagées imposées par ces mêmes limites, voire même aux pistes proposées par nos errances/erreurs (ce que Lancri décrit comme le processus en étoile (Lancri 2006)). Et ces directions inattendues ouvrent et permettent l’émergence de nouvelles questions et formes de connaissances; n’est-ce pas l’objectif ultime de la recherche?

Par contre, accepter d’être perméable à tous ces éléments extérieurs nécessite que l’ego lâche prise afin d’accepter de se laisser transformer. De se laisser transformer par l’intellect autant que par le physique, de se laisser transformer autant par les idées que par les expériences (esthétiques, sensuelles, etc.). Peut-être que le mot A/R/Tographie n’est complet que si l’on prend pour acquis que ce type de chercheur créateur privilégie l’ouverture dans ses actions.

A

R

T

S (student)

Mais suivant cette affirmation, je crois qu’il faudrait ajouter un «S» à A/R/Tographie. Un «S» pour student, afin de compléter la boucle.
Un «S» mit à la fin du mot (idée amenée par Treveur Petruzziello), car il englobe toutes les autres activités, qu’il en influence la totalité.

L’ajout à la fin est symbolique, dans le sens que ce sont toutes ces pratiques (artist, teacher, researcher) qui sont affectées par l’esprit de l’étudiant; celui qui désire constamment apprendre. Bien entendu, cet ajout est superflu pour la personne qui adopte cette posture; l’esprit de l’étudiant est présent de facto dans cette idée d’interaction. C’est plutôt pour appuyer mon argument que j’en parle ici. Pour signifier que le chercheur devrait toujours conserver son esprit d’étudiant. Et le mot étudiant est dérivé du mot étude. Sa racine étymologique éclaire le propos : le mot est emprunté au pluriel latin classique studia, interprété comme nom féminin singulier, de studium «attachement, zèle, soin» et «goût pour l’étude», dérivé de studere «avoir de l’attachement pour», «s’appliquer à» (→studieux). Ce verbe se rattache, comme les mots latins stupere, stupor (→stupeur) et stuprum (→stupre), à des termes indo-européens exprimant un mouvement, un choc (Rey 2006).

Deux mots qui font sens ici.

D’un côté, car l’ A/R/Tographie calque sont mode opératoire sur l’idée du voyageur et que celle-ci interpelle le mouvement, et de l’autre, car l’intégration de cette posture dans les pratiques actuelles de recherche création pourrait causer un choc en bousculants certaines pratiques de la recherche.

Expérience personnelle

Ma pratique personnelle de la recherche création et de l’enseignement a toujours été un cycle récursif d’apprentissage, d’expérimentation et de partage. Sans la partie étudiant, ce cycle ne serait pas complet. La preuve, je suis inscrit au doctorat alors que je suis professeur permanent depuis maintenant 10 ans.  C’est franchement un privilège que de pouvoir vivre ce parcours académique avec l’unique objectif de mettre en lumière les fonctionnements de ma démarche de recherche/création/enseignement afin de mieux les comprendre pour les repousser. C’est d’ailleurs pourquoi ma pratique d’enseignant fait maintenant partie prenante du sujet de mon doctorat; autant dans les objectifs que dans le corpus d’étude. Et ce groupe de recherche qui se penche sur les liens qui existent entre la création et l’expérience du voyage a été un élément déclencheur dans cette réalisation. Car cette idée du nomade, celui qui parcourt les territoires de façon cyclique (ou migratoire), est une parfaite analogie de mon propre périple professionnel.

Œuvre : fiction autobiographique

Accueillir la posture A/R/Tographie a produit des résultats tangibles cette session. À plusieurs niveaux, je me suis laissé transformer dans ma perspective et dans mon processus de recherche création. La preuve est que j’ai fait l’acquisition d’un nouveau médium, l’écriture de fiction. En effet, j’ai décidé de m’aventurer à créer une œuvre avec les mots (bandes de littéraires vous m’avez eu!). C’était une réelle expérimentation pour moi, car je suis un créateur de formes et professeur en design graphique, et non pas un littéraire comme l’étaient la majorité des membres de ce groupe de recherche. Non, un designer qui travaille les images et les formes, quelqu’un qui se soucie d’une finalité, mais surtout des fonctions qui doivent intervenir dans une création. Ici, le parcours a été tout à fait différent, j’ai choisi de créer une œuvre littéraire d’autofiction, car l’écriture me parle de plus en plus. Même si les mots n’étaient pas un médium que j’entrevoyais comme faisant partie de mon arsenal créatif, le fait d’en faire d’une façon continue m’a fait réaliser que cette technique était latente en moi et que l’exercice de disparition qu’elle exige me séduit. Je perçois une influence directe de l’intégration de cette posture A/R/Tographique, qui remet en cause notre relation à l’autre et forcément, notre rapport à notre création. Et comme nous savons, la technique est secondaire dans l’acte créatif, il importe plutôt d’avoir quelque chose d’unique, de personnel à raconter. Chaque individu est une construction unique dans le temps : «There is a vitality, a life-force, an energy, a quickening that translated through you into action and because there is only one of you in all of time, this expression is unique. And if you block it, it will never exists through any other medium and be lost» (Robinson 2011)

J’ai été ébranlé par l’ouverture et la vulnérabilité qui ont animé les participants à ce groupe de recherche. J’ai découvert que les récits engagent une partie de soi qui ne peut être bricolée. Un peu à l’image de la musique, ce médium qui occupe une grande partie de mon temps créatif depuis quelques années. Quoique dans la littérature, ce ne soit pas tant une question d’instantanéité que de vérité. Mais comme la musique, si ça sonne faux, le public/lecteur décrochera. C’est probablement pourquoi j’ai été séduit par ce nouveau médium qui s’ajoute maintenant à ma pratique créative.

Mise en contexte : l’art en Asie du Sud-est

Mon récit d’autofiction l’Appel de l’hiver se base sur une année sabbatique passée en Asie du Sud-est. Cette année de voyage m’a permis de me recentrer sur l’aspect contemplatif de ma personnalité par la réalisation de plusieurs périples en moto et en voiture dans divers pays communistes armés de ma seule caméra et d’un carnet de notes. Quoi que beaucoup d’images prises aient porté sur les actions et les traces du geste industriel (ruines, friches, espaces indéfinis, lieux abandonnés, etc.), plusieurs clichés ont fait une place importante aux individus dans leur milieu. Mais qui plus est, de comprendre leur démarche de création authentique basée sur un ardent désir d’ouvrir les horizons du public à l’histoire et la réalité (autant du pays que du monde extérieur). Tous ces road trips et les rencontres avec l’autre m’ont permis de saisir l’importance des arts dans ces sociétés contrôlées. L’art comme vecteur de changement social, l’art comme outil de revendication, l’art comme véhicule idéologique, l’art comme acte de mémoire, l’art comme lien avec le sacré. Comparé à la majorité des préoccupations artistiques d’ici, je ne peux qu’admirer ces vecteurs d’inspirations et de motivations découverts en Asie.

Non pas qu’il n’existe aucune démarche artistique authentique et fédératrice au Québec, mais force est de constater que la rencontre avec des préoccupations tangibles a davantage mis de distance entre moi et le monde de l’art occidental en général. Bien entendu, cette distance était déjà présente bien avant mon départ pour l’Asie. Ce voyage n’a en quelque sorte que révélé et mis à jour les raisons de cet écart entre le monde de l’art actuel et moi. Cette distance s’est traduite par une perte de sens dans mon acte créatif. Surtout à cause de l’attitude du monde de l’art et des stratagèmes mis en place pour assurer le fonctionnement des structures établies. Dans ces «systèmes», il y a peu de place pour un processus et des individus fonctionnant sur les principes de l’A/R/Tographie. L’artographe Alison Pryer en parle en ces mots : «They are the gullies and gorges that comprise the varied landscapes and the institutional terrains of academic culture, public schooling practices, and the often hermetic art world.» (De Cosson and Irwin 2004)

Récit initiatique

Dans mon œuvre littéraire l’appel de l’hiver, il a été question d’un voyage à l’intérieur d’un voyage. D’un périple à la rencontre de l’esprit nordique nipponais, mais encore plus à la rencontre d’un espace intime et introspectif. Bien entendu, ce parcours dans le territoire a engagé un périple initiatique, et ce voyage intérieur, provoqué par un mouvement physique, a été le plus marquant. À l’image de Pierre dans mon récit d’autofiction, je ne peux affirmer qu’il y a eu une résolution ou une agrégation claire qui me permette de reconnecter avec cette communauté artistique que j’avais laissée derrière au Québec. Peut-être que je suis demeuré connecté avec la communitas (Turner 1990) qui s’était formée à travers ce voyage? D’où mon impression que le retour, l’agrégation n’a pas encore eu totalement lieu. Mais ce groupe de recherche m’a permis de mettre des mots et des concepts sur cette mouvance philosophique, ce décalage de valeurs, et de connecter avec une nouvelle communauté qui fait preuve d’une ouverture et d’une humanité à tant de niveaux.

Résolution

Que reste-t-il de cette idée de périple en Asie, du rite de passage que ce voyage a initié? Mais d’abord en suis-je vraiment revenu? Ou est-ce que cette quête a trouvé une forme d’exutoire dans le domaine de la musique avec l’idée d’entrer en relation -ce désir de communauté et le médium de l’écriture? Quoi qu’il en soit, la rencontre avec l’idée du lieu et de ce qui le définit a toujours une place au cœur de ma gestation créative, et la recherche avec l’expérience esthétique spirituelle demeurera toujours une source de motivation. Ma pratique de recherche création a toujours été une façon de trouver un équilibre et un sens à mes actions dans une perspective holistique. Aller à la rencontre de, dépasser quelque chose, revenir à, comprendre ceci, etc. Un peu à l’image de la théorie des contrastes développée au Bauhaus (Itten 2004) où il faut expérimenter les deux extrêmes afin de comprendre un concept, pour revenir en équilibre au centre.

Décloisonnement et pratique de recherche création et d’enseignement.

La reconquête de l’espace en friche de ma création ne m’effraie plus. Car ce que la posture A/R/Tographique m’a permis de comprendre est que ma pratique est en constante mouvance. Un mouvement initié autant dans le but de me déstabiliser (expérimenter) que de retrouver un équilibre. Et qu’y avait-il à atteindre à ce moment-là dans la vie de Pierre; dans ma vie? Le récit offre une perspective intéressante à ce sujet. Mais comme expliqué plus haut cette question demeure en partie ouverte. Le processus est encore à l’œuvre. Mais je suis fermement engagé dans le chemin, et de plus en plus j’ai l’intuition que le sens se révèle à moi.

J’ai en effet amorcé une réconciliation entre ma propre démarche et le domaine académique et artistique. Pour moi, l’activité du chercheur créateur professeur est un travail qui ne connaît pas de frontière claire entre la vie privée et la vie publique. Il s’agit en fait d’un espace liminaire où les frontières se redéfinissent constamment selon les préoccupations et les passions, la recherche de sens et surtout, les rencontres personnelles. Ces frontières, très floues, sont par définition déstabilisantes :

«In their daily praxis, artist/researcher/teachers must cross many disciplinary, professional, and cultural spaces and boundaries, often finding themselves living with/in marginal spaces. The presence of spaces and invisible boundaries is indicated by the small slashes located between each of the words : artist/researcher/teacher.» (De Cosson and Irwin 2004).

Mais ce sont ces transactions constantes avec les frontières existantes qui caractérisent ma pratique. C’est dans cet état de l’esprit du voyage et du nomade que je trouve mon identité (Bonnemaison, Cambrézy et al. 1999). Peut-être que de reconnaître d’autres praticiens vivant la même problématique que moi était suffisant à cette étape-ci. Car modifier des comportements académiques ou institutionnels requiert beaucoup de patience et d’efforts. Mais la génération actuelle d’étudiants, qui fonctionnent beaucoup plus sur le modèle participatif et inclusif et qui considèrent le professeur comme un égal me porte à croire que les choses sont en train de changer. À l’image de l’A/R/Tographie, ces changements de paradigmes doivent se faire par ceux qui incarnent en eux cette mouvance et cette philosophie. Il serait difficile d’imaginer que ces changements proviennent d’une hiérarchie verticale. Comme j’ai tenté de l’expliquer, les fondements mêmes de l’A/R/Tographie sont l’inclusion, l’ouverture et l’horizontalité. Des fondements qui appellent à une sorte de révolution permanente et un désir de perméabilité, de flou. Des valeurs qui semblent en porte-à-faux avec les méthodes traditionnelles positivistes de la recherche.

C_A/R/Tographie de l’altérité

Cependant, à l’image des nomades qui ont besoin de la société sédentaire pour exister, il semble adéquat de penser que la posture herméneutique (Springgay 2008) de l’A/R/Tographie nécessite elle aussi son contraire philosophique afin de s’inscrire dans les institutions. Peut-être pour éclairer, comme la théorie des contrastes, les différentes modalités et intelligences qu’elle révèle à sa façon.

D’ailleurs, à l’image du Bauhaus, où la philosophie première était de créer des concepteurs compétents qui seraient en mesure de matérialiser leurs propres concepts, la posture A/R/Tographique mise aussi sur cette idée de l’artiste complet. Mais en repoussant la barre un peu plus haute en y ajoutant maintenant la donnée enseignement. Ce qui est sur, c’est que l’A/R/Tographie est un processus tout à fait pertinent dans le domaine relativement nouveau de la recherche création. Spécifiquement, car ces terrains demeurent des territoires à cartographier et des paysages à baliser, d’où pourront émerger, entre autres grâce à l’A/R/Tographie, à d’autres lieux de rencontres combien nécessaires à une compréhension holistique de l’expérience humaine.

Références

Bonnemaison, J., et al. (1999). Le territoire, lien ou frontière? Paris ; Montréal, L’Harmattan.

De Cosson, A. and R. L. Irwin (2004). A/r/tography : rendering self through arts-based living inquiry. Vancouver, Pacfic Educational Press.

Itten, J. (2004). Art de la couleur : approche subjective et description objective de l’art. Paris, Dessain et Tolra.

Lancri, j. (2006). Comment la nuit travaille en étoile et pourquoi. La recherche création. Montréal, Les presses de l’université du Québec.

Rey, A. (2006). Dictionnaire historique de la langue française. Paris, Dictionnaires Le Robert.

Robinson, K. (2011). Out of our minds : learning to be creative. Chichester, Capstone.

Springgay, S. (2008). Being with a/r/tography. Rotterdam, Sense Publishers.

Turner, V. W. (1990). Le phénomène rituel structure et contre-structure. Paris, Presses universitaires de France.

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

Schémas, cartes et objectifs

Ces cartes et schémas ont étés créés entre des rencontres de travail avec Pierre Gosselin, le directeur du doctorat en études et pratiques des arts. Ces cartes mentales représentent mes préoccupations et des ébauches de modèles de recherche applicables à mon projet de thèse. Le but principal de ces cartes était de faire ressortir les objectifs actualisés de mon projet doctoral.

Titre de travail : Découvrir sans images. L’objectif principal de mon projet de thèse a subi un recentrement depuis le début du processus en 2014. Je tiens à inclure la dimension de ma pratique d’enseignant. J’étudierai le type de compétences qui sont développées à travers les projets de mes cours, particulièrement le cours de basic design ou l’introduction à la pensée design. Mon objectif est de mieux intégrer mon processus de recherche/création/enseignement, afin de conscientiser ces gestes et d’en constituer des modèles. La posture A/R/Tographique est un des moyens pour y arriver, tandis que l’approche systémique sera une des méthodologies déployées pour l’atteinte des objectifs du projet. Pourquoi? Car «il apparaît que l’objet qu’on veut connaître résulte de l’interaction de plusieurs variables plus qu’un enchaînement de cause à effet» (Gosselin).

 

NON au privé à la tête des Universités

Avec le projet de loi 38 sur la gouvernance universitaire, des représentants de l’entreprise privée pourront diriger les universités québécoises. Majoritaires aux conseils d’administration, ils fixeront les grandes orientations des universités. Les cours et les services offerts, les conditions de travail, la recherche, la création et la vie académique dépendront de leurs décisions.

La nature même de l’institution universitaire, qui est d’intérêt public, en sera transformée. Cela porte atteinte aux principes fondamentaux de liberté intellectuelle, de collégialité et d’accessibilité qui ont permis, depuis 40 ans, la démocratisation et l’expansion de l’enseignement universitaire au Québec.

Plutôt qu’une loi sur la gouvernance, le Québec a besoin d’un plan de développement des universités.”

Exigeons le retrait du projet de loi 38 et la tenue d’États généraux sur l’université québécoise.

Signez la pétition électronique, sur le site de l’Assemblée nationale du Québec, à l’adresse qui suit :

http://www.assnat.qc.ca/petition/SignerFr.aspx?idPetition=99

IL Y A URGENCE : la période de signature se termine le 6 mars.

Pour plus de renseignements, consultez  www.fqppu.org OU www.loi38.com

101 Things I Learned in Architecture School

Le livre 101 Things I Learned in Architecture School est une petite perle en soit. Les 101 chroniques sont toutes présentées sur deux pages (ou un spread dans le jargon) avec d’un côté une image et de l’autre une petite capsule textuelle.
L’auteur, Matthew Frederick, présente des idées simples comme la meilleure façon d’esquisser une ligne à des théories comme l’espace spatial négatif ou les problématiques de circulation dans les bâtiments. Un livre à recommander à tout les créateurs qui sont intéressés par l’architecture et qui désirent avoir une entrée accessible en la matière.

J’ai relevé une citation particulièrement intéressante qui parle de la qualité des idées et de l’apport de l’ordinateur dans le processus créatif : «When overused as a design tool, however, computer drafting programs can encourage the endless generation of options rather than foster a deepening understanding of the design problem you wish to solve»

Traduit librement : Lorsque surutilisés dans un processus de design, les logiciels de dessins encouragent la génération d’options illimités et détournent de la compréhension profonde et de la recherche de solution tangible au problème posé.

…C’est un des dangers que les nouvelles technologies apportent avec leur lot de liberté. J’ai souvent vu ceci dans mes classes et mes ateliers. L’accessibilité et la facilité de manipulation des logiciels de design favorisent trop souvent une variation ou des itérations sur un même thème. Ce ne sont pas toujours des idées qui sont générées, mais trop souvent des styles qui sont reproduits. Aujourd’hui, presque tout le monde peut s’improviser designer (car les outils sont si facilement accessibles), mais être capable de manier les outils ne signifie pas être en mesure de répondre pertinemment à une problématique posée. L’intelligence, l’intuition et la créativité authentique demeurent les meilleurs outils pour alimenter tout processus de design.
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Exhibition Design / David Dernie

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Je n’ai pas l’habitude d’acheter des livres qui présentent une collection de projets sur une discipline particulière. Surtout parce que le livre devient vite dépassé, présentant une sorte de “polaroid” de projets variés qui inévitablement vieillissent. J’aime mieux les ouvrages théoriques qui permettent de saisir comment la discipline a évolué, s’est transformée, comment elle est devenue ce qu’elle est afin d’anticiper où elle ira par la suite.

Mais ici, j’ai fait une exception, parce que l’introduction de ce livre était pertinente et que l’étendue de la discipline était si bien synthétisée. Je parle de l’ouvrage Exhibition Design de David Dernie. Séparé en deux parties, il nous explique premièrement les approches et ensuite les techniques de ce domaine du design. Mais c’est son introduction qui résume si bien le paradigme créatif de cette discipline.
Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais vous poser une question : À qui appartient cette discipline? Au design graphique? Au design d’environnement? À l’architecture? À la scénographie? À la muséologie? Aux conservateurs? Aux gestionnaires de projets? Impossible à catégoriser. Vous l’aurez deviné, cette discipline est résolument multidisciplinaire. L’ouvrage en parle évidemment, mais ce fait n’est admis que de puis peu par les intervenants du milieu, et encore!

Je me souviens, il y a presque dix ans, d’une assemblée professorale où un j’ai eu à défendre l’importance d’une approche pédagogique multidisciplinaire afin d’enseigner cette discipline. Je me rappelle une certaine voix dissidente qui exprimait que le design d’exposition n’était autre que le design graphique appliqué à la verticale sur des murs! Mes oreilles en silent encore aujourd’hui! Comment réduire le design d’exposition à cette simple expression, alors que cette discipline exploite les codes de l’installation, du théâtre, de l’architecture, du cinéma, de l’interactivité, du design d’environnement et surtout, du récit? Car lorsqu’on parle d’exposition, on parle nécessairement d’une histoire qui est racontée à travers des objets, des parcours, des lieux, des éléments graphiques, des sons, des odeurs, des éclairages, etc. On parle donc d’une discipline qui s’adresse à tous les sens; pas seulement à la vision.

«Narrative has been central to exhibition design in recent times. It is literally about an approach to ordering objects in space in a way that tells a story. In that sense exhibition design is regularly defined as narration.» p.10

C’est une discipline merveilleuse et exigeante à enseigner; car il s’agit de faire une synthèse de plusieurs champs des arts et de la création en général. Il n’y a pas de formule toute faite ou de processus infaillible. Le créateur ou le designer d’exposition doit être en mesure de raconter une histoire à partir du contenu qu’il a à présenter avec l’aide du lieu avec lequel il doit composer. C’est arriver à créer une expérience, c’est-à-dire un événement qui sera assez fort pour que le public en retienne quelque chose. Qu’il ait mémoire de l’événement.

Vendredi

2 travaux

2 travaux

Voilà, le workshop s’est terminé dans la bonne humeur et le cidre bien refroidi. Les étudiants sont tous repartis prendre leurs trains pour la semaine de relâche. Je suis satisfait de ma contribution, même si je suis arrivé en retard ce matin; une préposée à l’hôtel avait oublié de programmer le système de réveil téléphonique. Quelle affaire! Enfin, une chance que je ne comptais pas sur le professionnalisme de l’hôtel pour attraper un train…
Ceci dit, plusieurs bons projets, mais l’essentiel était d’ouvrir le chemin à des possibilités de projets hors les supports traditionnels du design graphique. Cet objectif est atteint et je m’en retourne profiter de Bordeaux pour une dernière soirée avec David Helman, un des membres du collectif l’Oeil sur le plat de Bordeaux. Remerciements au graphiste Jérome Charbonnier pour nous avoir fait visiter les locaux du collectif et pour les bonnes discussions sur la profession et son enseignement.

logo oeil sur le plat

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Mercredi

Difficile contexte que ce workshop! La présence de deux groupes dans un même local est ardue à gérer. L’espace sonore est saturé et les occasions de distraction sont nombreuses. J’espère tout de même que les étudiants en retiendront un bon souvenir. Je sais que moi oui, et malgré les embuches, je demeure enthousiaste.

Workshop ECV

Workshop ECV

Aujourd’hui j’ai parlé (ou plutôt parlé très fort!) de la différence entre l’identité corporative et l’image corporative… La théorie que j’ai préparée pour ce workshop est peut-être un peu trop précoce par rapport au cursus des étudiants. Difficile que d’évaluer le niveau d’un cours dont on n’a aucun point de référence. Mais je m’ajuste constamment afin de rendre l’expérience agréable et enrichissante pour tous.
J’espère que mes petites capsules théoriques ne les emmerdent pas trop et qu’elles viennent plutôt nourrir leur démarche de création!

Plus tard en après-midi, Benito nous a fait une petite présentation de son processus de travail d’affichiste. Il se spécialise dans la promotion d’événements culturels (théâtre en particulier), domaine où les budgets sont minces, mais où la marge de manoeuvre pour la créativité est considérable. Le jeu en vaut la chandelle.

Benito in action

Benito in action