Sens de l’orientation

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La lecture du texte de Ken Robinson1 a fait émerger une piste pour mon doctorat : de développer l’idée du sens de l’orientation et de son importance dans l’évolution de ma pratique de recherche création (et par extension, l’idée de balance que ce sens interpelle et nécessairement, la notion d’équilibre que celui-ci conjure).

En fait, j’ai réalisé que c’est ce sens, c’est-à-dire le désir et le besoin d’orientation qui ont sans cesse guidé ma pratique. Et cette quête a également dicté les médiums à exploiter, afin de trouver quelque chose, d’aller à la rencontre de, d’intégrer une notion ou aller au-delà de, s’insurger contre, etc.
C’est ce sens, nourri par des symboles et écosymboles dans des lieux spécifiques qui ont guidé mes interventions, mes choix et mes expérimentations. Ce sont les lieux qui ont inspiré mes installations, oeuvres, projets environnementaux, choix de médiums, etc. Mais leur sélection relevait de quelque chose de plus profond; ce besoin intime d’orientation. Et cette quête se manifeste autant dans mes parcours artistique qu’académique. Car dans mon cas, les deux sont intimement liés depuis les tout débuts. Il n’y a jamais vraiment eu de coupure entre les deux, seulement des moments de transition ou de jachère plus ou moins longs.

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L’un nourrit l’autre.
C’est pour cette raison que je suis inscrit à cette formation, à ce doctorat en études et pratiques des arts en ce moment.
Pour retrouver le fil, me réapproprier ce qui fait sens dans ma pratique de recherche création.
Tout ceci pendant que j’enseigne à temps plein.

J’ai, vraisemblablement, une pratique A/R/Tographique_
Filon à sonder.

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Petit ajout suite au séminaire d’aujourd’hui (12 février 2016). «L’état créateur engendre sa propre technique».

L’extrait du texte de Krishnamurti2 fait écho à ma démarche artistique. Comme quoi l’évolution médiatique dans mes projets a été tributaire d’une recherche de sens et de ce besoin d’orientation. Que je sois passé de la sculpture au Land art, à la création de mobiliers au design interactif, ou de l’art public et à la photographie importe peu dans le fond. Car le choix du médium découlait d’un besoin d’aller au fond de quelque chose que seule l’exploration d’une technique spécifique, à ce temps donné, pouvait incarner. Et l’acquisition de la maîtrise de la technique, face à un médium spécifique, s’apprenait sur le tas, par le faire.

 

  • 1. Robinson, K. (2011). Out of our minds : learning to be creative. Chichester, Capstone
  • 2. Krishnamurtu, 1967. De la connaissance de soi, Édition Le Courrier du livre, Paris.

 

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

Cosmologie animiste

Les textes de cette semaine entretiennent un écho avec les notions de territoire que nous avons vu la semaine dernière. Particulièrement, le texte Apprendre à parler à une pierre1 m’a fait penser aux Indiens Haida de la côte Ouest Canadienne. «Pris» entre l’océan pacifique et la forêt tempérée de l’île de la Reine Charlotte, ce peuple a développé une cosmologie qui s’inspire non seulement du territoire physique (cèdres, montagne, océan, etc.), mais également des animaux qui le peuplent (orca, ours, tortues, corbeaux, etc.). Chacun des «membres» de ce lieu a un rôle et une fonction précise au sein de cette communauté. C’est une société animiste qui, afin de survivre et de faire sens du lieu qu’il habitent, a développé une relation intime avec le domaine spirituel contenu dans toutes choses. L’imagerie (objets, canots, maisons) qui en résulte est fascinante.

*L’animisme 2 (du latin animus, originairement esprit, puis âme) est la croyance en une âme, une force vitale, animant les êtres vivants, les objets, mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu’en les génies protecteurs.

Dans les forêts de Sibérie

Le texte de Sylvain Tesson3 est très intéressant à plusieurs points de vue. Mais je serais curieux d’en savoir plus sur sa réintégration (si réintégration il y a eu) à la vie Parisienne dont il fait référence (p. 52): «Quand je pense à ce qu’il me fallait déployer d’activité, de rencontres, de lectures et de visites pour venir à bout d’une journée parisienne.» Qu’en est-il de l’agrégation? Du retour de voyage? Car dans mon esprit, la cabane ici est une espèce de lieu liminaire, non?

 

1. Dillard Annie, 1992, Apprendre à parler à une pierre, Christian Bourgois, Paris
2. Wikipedia, 1er février 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Animisme
3. Tesson Sylvain, 2011, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, Paris
4. Hawthorn H., 1957, University of British-Columbia, Canada

 

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

Code implicite de la route

L’expérience du trafic et de la conduite en Asie du Sud-est est fondamentalement différente de celle des pays occidentaux. Je pense en particulier aux comportements routiers retrouvés au Vietnam qui sont tout à fait proches de ceux qui nous ont été présentés dans la vidéo tournée en Inde. À la seule différence que personne ou presque ne marche au Vietnam. Il n’y a, dans l’ordre, que des motorbike (espèce de mobylettes en bas de 150 cc), des voitures, quelques vélos et de rares piétons (la plupart du temps des étrangers).

En Asie du Sud-est, la circulation s’organise comme un ballet improvisé, où les mouvements, chorégraphies, relations et façons de faire sont connues de tout un chacun. C’est un code de la route impossible à apprendre dans une classe ou des manuels. Il faut le vivre pour en comprendre les articulations implicites. L’important est de savoir utiliser son klaxon, et d’être défensif pour tout ce qui se passe en avant; ceux qui sont derrière c’est leur affaire

L’importance du récit dans la conclusion du voyage

J’aimerai m’attarder sur le commentaire de Mlle x (en passant, ce serait bien, pour les visuels comme moi, que nos photos soient associées à notre profil, afin de faire référence aux bonnes personnes ! Alors désolé d’avoir oublié ton nom, Mlle x!) sur l’importance du récit dans l’expérience du voyage. Cette réflexion fait également référence au vidéo présenté par Nathanaël, comme quoi le récit cimente l’expérience du voyage.

Bien entendu, cette opération en est un d’éditorial, filtré ou transformé par notre vision de l’événement. Mais ce qui est important est la cristallisation de cet événement, soit le passage de la mémoire vers le souvenir. C’est peut-être cette étape qui nous permet l’appropriation, une sorte d’agrégation -même fut-ce-t-elle partielle- comme Isabelle nous a expliqué.

«Facebookisation»

Mais cette action de mise en récit est somme toute une opération périlleuse. D’une part, car elle nous permet d’oublier certains faits ou événements, mais d’autre part, car elle est une construction mentale qui peut ou non être loin de la réalité. Une sorte de Facebookisation de notre voyage, ou une instagramation qui ne fait pas état du tout ou du contexte, mais bien de fragments judicieusement choisis. C’est là que des anecdotes oubliées, des événements fugaces ou des moments manqués pourraient nous éclairer d’une autre façon sur une partie de notre périple. Nous apporter un autre éclairage que celui que nous voulons bien y jeter ou se souvenir.

PS : j’aimerai attirer votre attention sur les deux images route-vers Chine 01 et 02. Il s’agit de photographies tirées de mon périple en motorbike dans le sud du Vietnam. Il s’agit d’une route vers la frontière chinoise, et les deux photographies nous démontrent la même route à 2 min d’intervalles. La transition est impressionnante, mais c’est la présence du «nid de chien» dans la 02 qui témoigne le mieux des conditions routières singulières (!) de ce pays 

 

Sons de la ville d’Hanoi :

 Son Hanoi et images par Jean-François Lacombe

 

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

Retour, rattrapage et consolidation

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Le réseau et l’hypermédialité nous donnent la possibilité de rattraper certains moments perdus, dans la mesure où cette technologie nous permet de partager notre pensée et de la rendre disponible à qui le voudra, mais surtout au moment où elle pourra être consommée. Cette première entrée est donc une sorte de retour sur la matière du premier cours auquel je n’ai pu assister. Plus précisément à l’introduction de la thématique et du contexte de ce nouveau projet de recherche création à la lumière des lectures proposées.

 

QUELQUES OBSERVATIONS EN VRAC :

Le récit de voyage en cargot de Joël LeBigot.

Ce que je retiens de ce récit est la description du sacré que nous donne LeBigot. Il nous explique que pour lui le désert et les monastères ne lui procurent pas cette expérience du contact avec le sacré. Par contre, le voyage en haute mer, avec de l’eau devant et derrière permettent cette distanciation. Dans ce sens que la mer nous donne à voir et faire l’expérience d’autre chose que quelque chose d’humain.

Le texte de Victor W. Turner sur la liminarité

L’état liminaire est résolument un état de transition où les transgressions sont permises. Les écarts, l’errance, les mauvaises orientations sont admis et semblent en faire partie intégrante. Par contre au retour (d’un voyage ou d’un rite de passage), il faut réintégrer la sphère sociale et ses obligations et responsabilités. L’état liminaire est donc forcément transitoire et impermanent. Pour informer ce constant, nous pouvons faire un parallèle avec la différence qui existe entre les installations temporaires et les oeuvres d’art public et d’intégration des arts à l’architecture (les fameux 1%). Dans le premier cas, la condition d’éphémérité permet une plus grande liberté dans le sujet, les thématiques, le traitement, les matériaux utilisés, le lieu d’implantation, etc. Il y a une plus grande liberté et la possibilité de «déranger», car le projet est installé pour un (court) temps déterminé. Tandis que dans le cas des oeuvres d’art publiques, où la condition de pérennité est une des plus grandes prérogatives, les oeuvres font souvent état du compromis que cette contrainte (autant physique que conceptuelle) impose.

Bernard Émond

«S’approcher de ce qui importe». Que dire de plus?

 

_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.