Carnet de bord : Notes in situ

Retranscription de moments significatifs extraits de mon carnet de notes de voyage :

Jour 1, 11 octobre 2016

Afin de parvenir au mapping de ce lieu, j’ai décidé de débuter par le seul endroit que je connaissais; les marches de la rue Opale. Je vais dresser une carte afin de savoir où je suis allé et d’où proviennent les images.

Cartographie :

  • Ajustement selon les réelles configurations
  • Relever les points d’intérêts
  • Photographie (avec portable) des lieux
  • Parcours  à pied

Jour 2, 12 octobre 2016

Rencontre avec  Fred Kistabish, Algonquin-cri, résident de Joutel à temps partiel (9mois/année). Ensuite avec sa femme, dans une maison pour ainée à Pikogan (qui veut dire Tpee).

Quel hasard, c’est le cousin de Dominique Rankin! Lui ais donné ma carte d’affaires. Il m’a dit salut, JF! Et que je devrais avoir mon dossard rouge pour éviter les chasseurs. Selon Fred, 2 500 personnes vivaient ici. Un aréna avec des cours de patinage, un hôtel et ses danseuses, un CLSC avec ambulance; les maisons avaient des fondations. Tout a été remblayé.

La vérité qui se dégage d’eux…

Jour 3, 13 octobre 2016

Réveil sous la neige. La nuit a été froide, mais rien n’y présageait. 20 pendant le tournage du timelapse au feu…
Me sens à Noël.

Perdu mon temps à Amos…

Achats gants de cuir pour photos et veste de chasseur orange.

Jour 4, 14 octobre 2016

Retour à Joutel, avec un petit détour à Matagami. Tant de solitude et de calme là-bas. LE retour au site est bon. La lumière est belle, parfaite pour ce que j’ai besoin de faire. Ce matin j’ai circonscrit une cabane de chasseur en hauteur. Plusieurs portes, un ciel variable, en mouvement. Très heureux. J’ai hâte de voir les images.

Le détour par Amos, imposé par mes batteries mortes et la neige m’a en quelque sorte déconnecté. Comme si j’étais sur le chemin du retour, à la maison en train de perdre mon temps à magasiner des amplis…

Ici c’est en condensé, les activités sont possibles et réduites au minimum. Temps et espace pour se concentrer sur ce qu’il y a d’essentiel-Sur ce qui fait du sens. 

«le confort est l’ennemi de ma créativité»

Joutel traitait de l’absence. Plus qu’une mémoire. Car le stage de base était là, mais pas les éléments personnels-privés.

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Le nomade et le sédentaire

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Les derniers jours m’ont beaucoup fait réfléchir à la notion de déplacement et d’immobilité, qui caractérisent à leur façon l’esprit du voyage. La tempête démesurée qui a assailli l’Outaouais mardi et la condition d’hivernèrent obligée qui s’en est suivie m’a plongé dans une torpeur que j’avais oubliée, l’hiver.

C’est une saison magnifique, parce qu’elle nous fait voir et vivre la nature sous un tout autre angle que la belle saison. Mais également par l’effet de repli qu’elle engage. Cette solitude est toujours bienvenue, car je n’ai pas, dans ces moments froids et sombres, l’impression que je manque quelque chose, qu’il y aurait d’autres possibilités de socialité plus intéressantes. Non, tout le monde doit subir ce climat et les conditions sociales qu’il engage. Mais je semble m’éloigner de mon propos. Ou peut-être pas. J’écris ce billet dans le train qui m’amène à Montréal. La transition entre l’Outaouais (où il est tombé 53 cm de neige, il faut quand même le préciser) et la région montréalaise (où il y a plutôt eu du verglas) est fascinante. Stupéfiante en fait par sa beauté, comme lors du verglas de 98.

Mais ce parcours me rappelle que je suis, toutes les semaines, comme un voyageur nomade qui revient à son terrain de chasse, là où il trouvera sa nourriture, là où il sait qu’il pourra être sustenté. Car c’est la définition du nomade; quelqu’un qui se déplace de façon cyclique de lieu en lieu afin de répondre à ses besoins vitaux. Sauf que dans mon cas, cette nourriture est plutôt sociale et spirituelle. D’une part, car je revois de vieux amis, mais d’autre part, car j’assiste à ce séminaire hors du commun. J’apprends à vraiment apprécier les «littéraires» et même les aimer. À cause de leur vérité, leur ouverture, leur authenticité. C’est un art qui me rappelle faire de la musique. Dans la mesure où il est également impossible de se cacher; car ça sonnerait faux. Il y a, dans ces deux cas, une immédiacité dans la façon de toucher ou non son public.

Sédentaire
Plutôt cette semaine, j’ai été un sédentaire. Reclus à la maison à nourrir le poêle à bois et à lire, scénariser et rédiger pour mon blogue personnel. Cette intense période de 3 jours de rédaction où je n’ai pratiquement pas eu de contact avec aucun autre être humain m’a fait vivre un voyage interne. À l’image de la saison froide où la nature s’emploie à concentrer ses énergies de façon *, en attente de l’été pour déployer toute sa vitalité en énergie centrifuge; vers l’extérieur. J’ai eu besoin de ce mouvement «intérieur».

En ce jeudi je suis en mouvement physique, en collectivité, avec mon chapeau de nomade en direction de Montréal. Le déplacement est tout autre, mais je réalise qu’il fait partie d’un tout inséparable. Au même titre que l’hiver a besoin de l’été, que la parole a besoin de silence et que le mouvement a besoin d’immobilité.

En fait, ce que je veux dire, c’est que ma création a besoin de disponibilité.

* Klee, Paul, Pfenninger Margaret, Hirner Claire, 2004. Paul Klee et la nature de l’art : une dévotion aux petites choses, Paris.
_Tiré du blogue «Récit nomade» auquel je contribue cette session.

carnet

La rue comme espace de vie (suite à chacun sa place dans le trafic)

motorbike!

motorbike!

Au Vietnam, la relation qu’entretiennent les gens avec l’espace public est très différente de celle que nous (Occidentaux) pouvons avoir avec celui-ci. J’ai vécu une petite introduction de ces différences culturelles au Japon il y a quelques années, mais le Vietnam repousse davantage cette frontière entre la sphère publique et la sphère privée. En fait, les Vietnamiens vivent leurs activités quotidiennes à même la rue, le trottoir et les espaces qui mènent jusqu’à l’intérieur de leur demeure.

C’est toujours avec émerveillement que je remarque ces profondes différences culturelles et sociales. Par exemple, le forgeron qui redresse sa barre de métal chauffée à blanc sur le trottoir en face de son atelier, en gougounes s.v.p! Les matériaux de construction, tuyaux municipaux et déchets qui entravent la circulation – on doit les enjamber à nos risques et périls (encore en gougounes). Les repas pris directement dans la cuisine du “resto” (qui fait également office de salon avec les trois enfants qui regardent la TV)… Il ne semble y avoir aucune séparation entre la rue, le trottoir, les commerces et parfois même le logis. Ce sont des usages de l’espace urbain auxquels nous ne sommes pas trop habitués, nous qui sommes plutôt enclins à séparer le domaine public de celui privé.

Je pense en particulier aux trottoirs, car ce sont souvent ces espaces mitoyens qui délimitent les sphères privées et publiques au sein de la trame urbaine nord-américaine. Mais dans une ville comme Hanoi, cette limite entre le public et le privé apparait plus perméable. C’est que l’espace mitoyen se prolonge d’un côté comme de l’autre. En d’autres mots, la sphère privée s’étend dans la sphère publique et vice versa. Dans cette situation, il est aisé de comprendre que ces lieux mitoyens possèdent plusieurs fonctions simultanées. En effet, les différents usages ne sont pas isolés, mais plutôt coexistants en harmonie.

Plusieurs facteurs sociaux économiques contribuent à la création de ces lieux particuliers : manque d’espace, densité de population élevée, climat humide et température chaude, rythme de vie plus lent, conditions économiques modestes, moyens de déplacement, etc. Mais ce n’est pas tant les causes qui m’intéressent que l’effet que cette plus grande perméabilité exerce sur les gens et la trame urbaine. Ceci induit une expérience de la ville totalement différente d’une ville typique nord-américaine. Il s’agit d’une expérience de proximité et un sentiment de communauté accrus. En d’autres mots, cette perméabilité influence complètement le paysage urbain, c’est-à-dire la relation des gens avec les gens et des gens avec les lieux. C’est une leçon de tolérance et d’échange que j’en retiens. Tolérance de l’utilisation que font les autres de l’espace public (selon leur besoin) et partage de son propre espace personnel à un moment donné. Et ça donne lieu à de belles rencontres et à une expérience du lieu unique.

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Le sentiment d’urgence comme moteur de création

Depuis toujours, l’art a servi de véhicule pour exprimer des idées qui ne peuvent trouver leur place dans les communications ou discours officiels. Que ce soit des idées à contre-courant des modes de pensées établis ou qui offrent un autre point de vue sur une réalité contrôlée par le pouvoir en place, l’importance que revêt l’art comme véhicule d’un récit parallèle apparaît plus que vital.

C’est ce sentiment d’urgence de communication qui anime les trois artistes que j’ai rencontrés à la galerie Bui pour l’expo Tam Ta ainsi que quatre autres artistes venus du Myanmar (la Birmanie) pour l’événement. Pour ces artistes, la mission est claire: offrir une alternative face à des prises de position unilatérales et ouvrir les portes aux nouvelles idées. Dans ce cas-ci, aux idées qui viennent d’autres pays et d’autres cultures artistiques, mais aussi des idées locales qui sortent des conventions reconnues.

……….
Pour apprécier les différents niveaux d’expression de ces oeuvres, il faut connaitre (même sommairement) la réalité et l’histoire des pays dans lesquels elles sont produites. C’est la chance que j’ai eu lorsque j’ai discuté avec ces artistes du Vietnam et du Myanmar,et ai été immergé, ne serait-ce que pour un moment, dans leurs réalités, l’histoire de leurs pays ainsi que celles de leurs familles. J’ai put enter de comprendre comment tout ce baggage influence leurs façons de créer, les matériaux qu’ils utilisent et l’imagerie déployée afin d’arriver à leur fin. Car l’important ici est de dire une chose et d’en suggérer une autre.

Ces artistes font face à une difficulté supplémentaire (en plus d’une difficulté économique); leur oeuvres doivent être approuvées par le comité de censure avant de pouvoir êtres exposées! Un des artistes du groupe New Zero Art Space a d’ailleur présenté, ironiquement, la photographie du certificat d’autorisation délivré par l’officiel du Myanmar. Du pur délire! Certains artistes m’ont affirmés avoir au moins deux explications pour leurs oeuvres : une authentique non-censurée, et une autre préparée pour les agents du gouvernement. Car il faut être prêt, on ne sait jamais quand un agent “undercover” fera son apparition à une exposition ou à une table ronde comme celle d’hier.

Par chance, samedi à la gallerie Bui, aucun agent du gouvernement ne s’est présenté parce que l’événement a changé de lieu à la dernière minute et parce que la publicité n’a pu se faire de façon usuelle par manque de temps. Qu’à cela ne tienne, plusieurs jeunes artistes et étudiants sont venus écouter et voir ce qui se fait dans le monde, en dehors du programme officiel enseigné dans les écoles d’art du pays. Difficile à entendre pour le professeur que je suis, cette censure constante et répressive dans les contenus et les idées, même à l’école…

Ce travail d’éveil et d’introduction incombe donc à d’autres. C’est un des défis que relève Michelle Le Bui, co-diretrice de la galerie, c’est-à-dire de diffuser l’art contemporain actuel aux artistes et au public vietnamiens. Chapeau à tout ce groupe réunis par une cause commune; ouvrir les volets sur d’autres réalités. 
Ils sont animés par le feu sacré.

Expo Tam Ta :
Nguyen Van Phuc / Nguyen Huy An / Vu Hong Ninh / Nguyen Tran Nam

Commissaire : Tran Luong

Vu Hong Ninh

Vu Hong Ninh

Nguyen Tran Nam

Nguyen Tran Nam

Aye Ko, directeur du New Zero Art Studio

Aye Ko, directeur du New Zero Art Studio

Sur une note personnelle, l’idée de monter un événement Pecha Kucha, ici, au Vietnam, serait une occasion formidable pour fournir un outil de communication et de dissimination d’idées.

L’Inuksuk, le nouveau nain de jardin

Des visions répétées de jardins et terrains privés au cours de mes vacances (hélas terminées!) me portent à affirmer que les Inuksuk sont devenus les nouveaux nains de jardins contemporains. C’est à dire des images-objets populaires surutilisées comme ces derniers, mais en plus, décontextualisées. C’est-à-dire l’utilisation d’une image pour son image et non pour sa signification. Perte de sens.

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Les 2 images sont prises de ce site ésotérique.

Dans ces 2 photos, la dénaturalisation de l’usage et de la fonction de ces constructions Inuites assez tordante. Car l’Inuksuk, dans son essence, est un amoncellement de pierres disposées sur un site particulier afin d’agir comme point de repère, comme messager. Ces structures de pierres servent à indiquer des sources de nourriture viable (pour la pêche, la chasse), le point maximal de la marée haute, le chemin le plus sur à emprunter, des lieux de rituels, etc. La fonction principale d’un Inuksuk est donc d’agir en la qualité d’un humain.

Ici, dans l’image du bas, ce qui est hilarant est la présence d’un panneau de signalisation pour indiquer l’endroit où se trouve l’Inuksuk! C’est plus que paradoxal! C’est comme un emballage dans un emballage…

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Au contraire de la croyance populaire, la forme des Inuksuit (Inuksuk au pluriel) n’est pas nécessairement celle d’un «humain». Celle-ci dépend en fait du message entendu et du type de matériaux retrouvés sur le site d’implantation. C’est une des formes les plus primaires d’installation sculpturale, des genres de «1%» mais porteurs d’un sens commun essentiel et intelligible. Dans ces constructions ancestrales, la métaphore, la fonction dépassent l’image.

House N / Sou Fujimoto

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J’ai pu consulter, sur Arch Daily, des photographies de la maison N créée par l’architecte Sou Fujimoto à Tokyo. Dans cette maison, L’intérieur et l’extérieur sont complètement interreliés et mis en constante interaction. C’est une construction assez unique qui est composée de 3 “coquilles” de grandeur différente. Ces coquilles s’insèrent une dans l’autre afin de former un espace de plus en plus privé. Grâce à cette configuration, la maison demeure en constante relation avec le domaine public. Dans les mots de l’architecte :

«That is why life in this house resembles to living among the clouds. A distinct boundary is nowhere to be found, except for a gradual change in the domain. One might say that an ideal architecture is an outdoor space that feels like the indoors and an indoor space that feels like the outdoors. In a nested structure, the inside is invariably the outside, and vice versa. My intention was to make an architecture that is not about space nor about form, but simply about expressing the riches of what are `between` houses and streets.»

Étonnamment, à Tokyo, c’est les terrains qui valent le plus cher, pas les bâtiments. Les constructions sont constamment mises à terre et rebâties pour accueillir d’autres usage et usagers en fonction des besoins du moment et de la configuration du lieu.
C’est pourquoi l’architecture de cette ville est si unique et bigarrée. Les terrains, parfois de dimension minuscule, sont maximisés en utilisant tout leur potentiel possible (lumière naturelle, configuration du lot, topologie, proximité des voisins, etc.) Un terrain fertile pour les architectes et designers; ces contraintes sont des opportunités pour développer des solutions et des formes inusitées répondant au programme (les besoins des usagers) et au site. Le projet House N est un parfait exemple du genre d’expérimentation que cette temporalité différée peut engendrer.

Site + program + temporality = form

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house-n-fujimoto

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Vue en coupe

Vue en coupe

Le travail de Sou Fujimoto est à propos du potentiel qu’un espace et un bâtiment peuvent offrir; à l’opposé d’une architecture moderne fonctionnelle où tout est programmé, designé et entériné. À travers ses projets, il offre des lieux qui permettent des possibilités et fonctions multiples. Sentir que les usagers du lieu peuvent moduler leurs espaces et les utiliser à leur façon, selon leurs besoins. La clef est de trouver l’équilibre, dans ses projets, entre un programme très défini et des espaces qui permettent la liberté d’appropriation par ses occupants.
L’interview réalisée par 0300 explique très bien ce concept.

Sou Fujimoto Interview / Part II from 0300TV on Vimeo.

Exposition “Au pays de la maquette d’étude” à Monopoli

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J’ai visité la dernière exposition à la galerie Monopoli intitulée Au pays de la maquette d’étude. L’expo présente 40 maquettes de projets d’architectures de petite et moyenne dimension. Le propos de l’exposition est de réitérer l’importance de la maquette d’étude dans le processus d’architecture. Les 26 architectes canadiens qui participent à l’expo nous parlent de leur rapport avec la maquette; son rôle, sa vitalité dans cette ère numérique et d’imagerie virtuelle ainsi que sa pertinence lors du processus de recherche création. Les témoignages présentés avec les projets sont intéressants et permettent de mieux comprendre l’apport de ces petites constructions de papier, de balsa, de plâtre ou de bois. Certains projets nous démontrent les diverses phases évolutives d’un même projet (ce que j’ai le plus aimé); présentant ainsi les multiples maquettes nécessaires afin de soit rendre simplement l’essentiel d’un concept, ou soit d’exprimer les nombreux détails à un stade beaucoup plus avancé.

La scénographie dépouillée est signée Stéphane Pratte et Annie Lebel de l’atelier Insitu. La mise en expo se résume à d’épais panneaux de cartons découpés et empilés qui suggèrent une topographie imaginaire. Ce dispositif sert d’assise contextuelle afin de présenter les maquettes réalisées à diverses échelles.

Stimulant, pour ceux qui s’intéressent au processus créatif des architectes ou pour ceux qui apprécient le travail minutieux qu’exige la création de maquettes.