Site, réseau et paysage

Le lien qui existe entre les définitions du site virtuel et du site physique semble de prime abord ténu. Mais les ramifications et les concordances s’amplifient à mesure que je complète la lecture de l’essai d’Anne Cauquelin, Le site et le paysage.

J’ai acheté ce livre par intuition, l’an dernier, à la librairie de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal. Les théorèmes avancés dans cet ouvrage me permettent de jeter un autre éclairage sur mon propre parcours artistique et professionnel, et de relier ma pratique multidisciplinaire ancrée dans le lieu physique [l’installation, le design d’exposition] et dans l’espace numérique [nouveaux médias et sites Web]. Je réalise que ma pratique multidisciplinaire ne s’est pas construite de façon fortuite, mais s’enracine plutôt dans une démarche qui vise un seul but; matérialiser, dans l’espace physique et celui virtuel, des projets qui font lieu; c’est à dire des espaces devenus habités.
Ce livre est tout indiqué pour ceux qui s’intéressent aux pratiques et oeuvres du cyberespace. Il permet de mieux comprendre l’articulation des concepts concernant le réseau internet. Pour les praticiens du domaine, c’est un ouvrage incontournable qui procure perspective face à ce sujet si récent. Le Web n’a que 15 ans.

«Espace, site, lieu, paysage : ces termes semblent avoir subi un boulversement depuis l’apparition de nouveaux dispositifs spatio-temporels liés au cyberespace. Ambiguités du vocabulaire, chevauchement des usages, élargissement, voire même effacement des frontières entre les différents champs d’application, telles sont les difficultés qui à la fois font obstacle à l’analyse et en même temps la convoque.»

ELe site et le paysage, Anne Cauquelin
Le site et le paysage, Anne Cauquelin

Écologie de l’environnement artificiel

L’humanisation des technologies, des interactions personne-machine, sera donc l’enjeu des prochaines décennies. Le design est la seule discipline capable d’effectuer cette transition, de permuter nos gestes quotidiens dans le monde digital sans pour autant perdre les qualités essentielles qui ajoutent à notre quotidien, celles qui ajoutent à l’épaisseur du réel, comme Ezio Manzini disait. Le design sera la discipline qui réussira à créer la nouvelle écologie de l’environnement artificiel. Bien sûr à travers ses paradigmes d’ergonomie, de composition et de lecture, mais également dans sa capacité à créer des interfaces esthétiques, sensuelles, remplies de récits et d’événements intéressants pour notre «physicalité».

Mon projet fortunecookie est une tentative dans ce sens. La technologie complexe pour réussir à faire fonctionner le projet est dissimulée dans une forme en bois huilé. Cette forme et cette texture sont l’interface avec le monde physique. On ne parle plus d’espace-écran, de souris, ou de clavier. Ces modes d’interface seront d’ailleurs appelés à disparaîtres dans un futur pas si lointain. Prenez simplement le scrollpad d’Apple; vous pouvez agrandir, bouger, permuter des images, etc. en utilisant un ou plusieurs doigts. Ce nouveau paradigme d’interface, car il s’agit bien d’une introduction d’une nouvelle façon d’interagir avec l’ordinateur dont nous parlons ici, sera maintenant la norme. Le public ne s’attendra pas à moins de l’interface de leurs prochains appareils électroniques.

Dans ce temps de révolution et d’exploration, de «Far West technologique», les gestes posés aujourd’hui deviendront les façons de faire de demain. Raison de plus de partir sur les bonnes bases, avec les bonnes préoccupations, avec toutes les cartes en mains, en se souvenant ce que le passé peut nous apporter comme enseignement, et en n’oubliant jamais que notre sensualité humaine est à la base de la richesse des petites choses de notre quotidien.

The Web is like...
The Web is like...