Atelier de recherche création 1 : Retour d’Absentia

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Cela fait déjà une semaine que le départ vers le nord a eu lieu, et quelques jours du retour au bercail. Ce périple me parait déjà lointain. La routine, les exigences, l’enseignement et les responsabilités reprennent leur place au sein de mon quotidien.

Ce qu’il en reste, par contre, est une certitude de ce que je suis allé chercher là-bas dans ce lieu abandonné. Un temps hors du temps social, un espace de dilatation, hors du réseau numérique*, hors de relations humaines (pour la majorité du temps). Un espace-temps qui m’a permis de vivre centré et concentré sur l’essentiel avec un minimum de distraction, avec un minimum d’équipement. J’ai en effet vécu pour la majorité du temps dans mon camion aménagé pour l’occasion. J’ai du faire un détour à Amos le jeudi afin de recherchager mes batteries et de me réfugier de l’hiver qui avait décidé de s’inviter en Abitibi ce 13 octobre 2016. La nuit avait été mouvementée avec un vent fort et une chute de neige compacte. Le réveil a été assez brutal!

Par contre, cet intermède a en quelque sorte brisé mon élan, bouleversé mon état d’esprit pour me replonger dans une espèce de quotidien dans une ville avec ces distractions, son confort et l’action de consommer. J’ai trouvé difficile de retourner à mon lieu d’accueil abandonné. À cause du contraste avec Amos, mais aussi, et particulièrement, car cet interlude urbain m’a permis de saisir l’esprit du lieu de mon village abandonné. Je n’en avais pas saisi l’essence avant d’y revenir, et ce contraste social culturel m’a permis d’y mettre un qualificatif : l’absence.

J’ai compris que ces ruines, cet espace interstice étaient bien différents de ceux habituellement rencontrés dans les villes – friches urbaines, terrains vagues, espace entre le public et le privé – dans ce sens qu’ici, dans la ville de Joutel, les traces du lieu consistent en tout ce qui a rapport aux espaces publics. Il ne subsiste presque aucune trace des habitants du lieu. La partie privée est en quelque sorte évacuée et il n’y subsiste que les traces publiques. Ce qui est très troublant et invoque encore plus cette dimension d’un départ massif de la population et d’une oblitération de toute mémoire de la vie personnelle en ce lieu. De là mon sentiment d’absence, accompagné d’une atmosphère lugubre. Comme si l’action violente d’expulsion de la population était accompagnée d’un travail méticuleux d’effacement de la mémoire des espaces privés et des usagers du lieu. 

J’ai retrouvé le même genre de sentiment dans la ville de Détroit à l’été 2016. Sauf que là-bas, des lots vides et remblayés étaient bordés de maisons encore habitées. Rendant l’expérience du lieu assez irréel, mais d’un tout autre ordre. C’était plutôt un sentiment de stupéfaction qui m’accompagnait. Comme si le processus de l’écosystème immobilier procédait à l’envers; les maisons semblaient décroiser vers le sol, dans le sol. Sans que les voisins ne s’en inquiètent. Mais les voisins étaient présent, gardiens de la mémoire des lieux. À Joutel, il n’y a que les rues qui témoigne d’une vie normale de banlieue. Les emplacements où se trouvaient les maisons sont remblayés par les pierres qui proviennent de la mine-même. Comme si la raison d’être de cette ville était maintenant devenue son cercueil. Une lourde métaphore, un sentiment, l’Absentia.

*Antoine Picon, dans son ouvrage La ville des réseaux, un imaginaire politique, mentionne que dans nombre de fictions contemporaines post-apocalyptiques, «la survie passe fréquemment par la capacité de vivre en dehors des réseaux.» p.38

Road trip d’observation

Lorsque j’ai besoin d’air et d’inspiration, rien ne vaut une promenade en voiture sans aucune destination. Ce mouvement devient pour moi un espace de réflexion et de découverte ou tout est possible. Jamais je ne reviens bredouille; que ce soit avec des images photographiques ou (moins souvent) avec des dessins de lieux croqués sur le vif.
Pourtant, cet exercice manuel d’observation et de transposition vers le papier est essentiel à tout créateur. Combien d’entres vous dessinent une fois par jour?
Mon professeur Alfred Halasa nous demandait de le faire quotidiennement, mais je n’y arrive pas bien entendu! Le dessin est comme le vélo, on n’oublie jamais, mais on devient tellement meilleur à le pratiquer plus souvent.

Voici une petite église découverte dans la campagne près d’Ottawa.

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EKO/ECHO Expo-bénéfice pour Haïti

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Il y a environ deux semaines, au lendemain de la catastrophe qui a secoué Haïti, mon ami Rafael Sottolichio m’a fait parvenir un courriel simple, mais explicite; «Si vous êtes intéressé à participer à cette exposition-levée de fonds au profit d’Haïti d’une façon ou d’une autre, faites-moi signe.»

L’appel était clair et sans équivoque, il organisait une exposition-bénéfice de 3 jours éclair pour venir en aide à ce pays dévasté. Beaucoup de réponses, beaucoup d’artistes, peu d’espace, donc accrochage de type salon pour des oeuvres picturales. Je donnerai ma photographie La chambre verte, celle-là même qui fera la couverture du livre de Chantal Ringuet.

Les profits seront versés intégralement à cette levée de fonds.
Une autre façon de faire un petit geste.
Directions pour aller à la Galerie du Viaduc.

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La chambre verte, Carrière de Wakefield, 2007

Design like you give a damn ; architecture de l’urgence

Dans ce contexte de séisme épouvantable à Haïti, le livre Design like you give a damn, m’est apparu comme des plus pertinents à reconsulter-mis à part le fait de faire un don à la croix Rouge évidemment!

C’est un superbe livre qui regroupe toutes sortes de projets créés dans un seul but; répondre, à l’aide de design inventifs et intelligents, à des problématiques d’urgences humanitaires. C’est inspirant de voir des projets dirigés par ce genre d’impératif. Trop souvent, les designers et architectes sont loin des populations, régions et événements où ils seraient le plus demandés. Le design peut répondre à tellement de problèmes quotidiens par des solutions intéressantes, esthétiques, sensibles et intelligentes. Ce livre en est un témoin exemplaire. Le monde a besoin de plus d’investissement dans le bon design et l’architecture réfléchie.

L’image ci-dessous est tirée du livre et présente une pompe à eau doublée d’un tourniquet. Apportant ainsi un côté ludique à un geste qui demeure quotidien pour certaines populations; pomper manuellement leur eau. Ici, obtenir de l’eau devient un jeu d’enfant.

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Site de la Croix Rouge Canadienne pour faire un don en ligne.

Croix Rouge

The Collaborative City [Artscape]

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J’ai obtenu une bourse pour participer à l’événement Creative Places and Spaces qui se tiendra à Toronto au mois d’octobre prochain. Ce colloque, qui a pour centre d’intérêt la créativité, regroupe des designers, architectes, artistes et décideurs. Le thème de cette année est la cité de la collaboration, ou ‘The Collaborative City’. Pendant 3 jours, des chercheurs, des travailleurs culturels et des créateurs s’entretiendront des différentes actions possibles qui permettent d’opérer des changements positifs dans l’expérience de la vie dans les villes contemporaines.

Plusieurs conférences sont à l’horaire ainsi que des séminaires et workshop, dont Spencer Tunick et Richard Florida (auteur de who’s your city?)

«The overarching idea behind this year’s forum is that collaboration fuels innovation by connecting people, places and ideas.»

Creative Places + Spaces is one of the world’s leading forums on creativity. Under the theme of ‘The Collaborative City’, this year’s event will engage global perspectives on collaboration and connect them with local change makers. Come meet some of the most creative thinkers in Toronto’s exploration of the art and science of collaboration.

Le but des organisateurs du colloque est simple, inviter la communauté active du Canada à penser, créer et collaborer. Ce sera une fin de semaine de réseautage et de découverte. Une bonne occasion de faire un saut à Toronto et au ROM. Ville que je néglige, pour aucune raison particulière, de visiter régulièrement.

Merci à Melinda Jacobs, du comité organisateur, pour l’obtention de cette bourse qui me permettra d’assister à l’événement.
Le colloque est présenté par Artscape.

Le refuge : Stéphane Thidet

Voici une installation qui m’a tout à fait séduit. Le Refuge est présentement en action à Estuaire Nantes<>Saint-Nazaire 2009. Cet événement présente des oeuvres et installations sur le bord de La Loire, entre les villes de Nantes et Saint-Nazaire. La majorité des projets présentés sont remarquables et font état d’une recherche plastique autant que conceptuelle, mais plus encore, d’une intégration sensible dans leur lieu d’implantation. Notamment la pièce de Tadashi Kawamata ou celle de Damien Chivialle, Noé.
Une partie importante de la programmation est réservée aux installations architecturales, intitulées I.C.I.! Instant Carnet Island, Rassemblement de microarchitectures et habitats légers. Ces projets explorent tous la notion d’habiter, mais mettent également en jeu d’autres préoccupations (société de l’image, mémoire, etc.)

La pièce de Stéphane Thidet est d’un autre esprit. Conçue comme un refuge (avec ses murs, son toit, sa table) mais ne protégeant de rien, exposant plutôt à une sorte de tempête intérieure (au propre comme au figuré). Le vidéo présente bien l’effet et l’atmosphère que cette installation met en scène. Car il s’agit bien d’une mise en scène, mais chargée d’une force poétique puissante.

Attraction et répulsion.

Voici un texte qui décrit sa démarche :

«Aussi émerveillé que sombre, l’univers de Stéphane Thidet offre des visions distordues de la réalité. Ses oeuvres suggèrent un ailleurs, une fiction non accessible mais perceptible qui confrontent le spectateur à un nouvel “état des choses”. Ses oeuvres, souvent liées à l’enfance ou au divertissement collectif populaire comme la fête foraine, les jeux (billard, balançoire), le camping, le zoo… dévoilent une certaine perte d’innocence, une inquiétude qui, par l’état de tension permanent qu’elle suppose, provoque une agitation, un tumulte intérieur fécond.» Sophie Kaplan, directrice du CRAC Alsace

Quelle image les gens se font-ils de la ville?

C’est la question que Anne Cauquelin pose (voir article précédent) dans ses dernières recherches.
Question actuelle si on en juge par le nombre d’expositions qui traitent du sujet, du nombre de colloques et conférences en relation avec les champs de l’art qui produisent ces actions, de programme universitaire mis sur pied pour former les créateurs qui oeuvreront dans la conception de projets culturels, du nombre de projets artistiques qui mettent en jeu la participation active du public, etc. Cette préoccupation semble donc centrale pour bon nombre d’organismes administrateurs des espaces urbains, des artistes, designers ainsi que du public en général. Il y a, semble-t-il, urgence à réactiver la dimension sociale et imaginaire dans l’espace de la ville.

Question récurrente pour moi également, surtout depuis la production de mon projet d’art public interactif Fortunecookie. Souvent, c’est avec le recul que nous pouvons comprendre l’origine et les ramifications profondes de certains de nos projets de longue haleine. Fortunecookie est en ce moment la matérialisation de mes recherches entamées depuis plusieurs années. C’est comme une synthèse de mes diverses préoccupations en un seul projet, motivé par le désir de transformer nos espaces de vies quotidiens.

Comme ce projet requiert une implication du public par la production de petites capsules textuelles, il est possible d’avoir un portrait des aspirations, désirs et préoccupations des gens qui habitent une ville particulière [en fait là où le projet est présenté]. Une sorte de polaroid ou image d’une ville à un temps donné.

Alors que le projet interactif a été présenté à New York, en Outaouais et bientôt à Montréal, il est possible de faire ressortir une thématique propre à chaque ville. Je m’explique : les textes reçus à New York ne sont pas du tout les mêmes que ceux reçus dans la région d’Ottawa et de l’Outaouais [mis à part la langue évidemment]. Je peux dès lors imaginer que ceux que j’obtiendrais de Montréal seront de nature tout aussi différente.
POURQUOI? Beaucoup à cause du titre employé.
En effet, à New York, le projet a revêtis un nouveau titre : SendGoodKarma. En s’écartant de l’image du fortunecookie, j’ai pu constater que la teneur des messages reçus était beaucoup plus personnels et plus loin du format employé dans les fortunes retrouvées dans les petits biscuits chinois. Le titre est donc en fait la seule ligne éditoriale du projet. C’est ici que la signalisation et le design graphique jouent un rôle prépondérant. Autant les utiliser avec discernement. Le titre pour la présentation à Montréal sera divulgué sous peu.

Quelle image les gens se font-ils de leur ville?
C’est un peu la question à laquelle le projet invite à répondre.