La société du spectacle et l’aménagement du territoire

J’ai récemment re-feuilleté ma copie de La société du spectacle de Guy Debord et suis retombé sur le chapitre qui traite de la relation entre l’aménagement de l’espace urbain et la société spectaculaire. Ce qui m’a interpellé, dans les passages que j’avais déjà soulignés, est la relation que Debord fait entre les lieux aménagés et l’idée du voyage.

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«Cette société qui supprime la distance géographique recueille intérieurement la distance, en tant que séparation spectaculaire» (en tant qu’isolement ici faudrait-il comprendre). p.164

Aussi, plus loin :

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«Sous-produit de la circulation des marchandises, la circulation humaine considérée comme une consommation, le tourisme, se ramène fondamentalement au loisir d’aller voir ce qui est devenu banal. L’aménagement économique de la fréquentation des lieux différents est déjà par lui-même la garantie de leur équivalence. La même modernisation qui a retiré du voyage le temps, lui a aussi retiré la réalité de l’espace.» p.164

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«L’histoire qui menace ce monde crépusculaire est aussi la force qui peut soumettre l’espace au temps véçu. La révolution prolétarienne est cette critique de la géographie humaine à travers laquelle les individus et les communautés ont à construire les sites et les événements correspondants à l’appropriation, non plus seulement de leur travail, mais de leur histoire totale. Dans cet espace mouvant du jeu, et des variations librement choisies des règles du jeu, l’autonomie du lieu peut se retrouver, sans réintroduire un attachement exclusif au sol, et par là ramener la réalité du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant lui-même tout son sens.» p.172

Et la description de l’image de la ville et de la banlieue est particulièrement saissisante :

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«La société qui modèle tout son entourage a édifié sa technique spéciale pour travailler la base concrète de cet ensemble de tâches : son territoire même. L’urbanisme est cette prise de possession de l’environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor.»

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«Le moment présent est déjà celui de l’autodestruction du milieu urbain. L’éclatement des villes sur les cmapagnes recouvertes de «massses informes de résidus urbains» (Lewis Mumford) est, d’une façon immédiate, présidé par les impératifs de la consommation. La dictature de l’automoble, produit-pilote de la première phase d el’abondance marchande, s’est inscrite dans le terrain avec la domination de l’autoroute, qui dosloque les centres anciens et commande une dispersion toujours plus poussée. en même temps, les moments de réorganisation inachevée du tissus urbain se polarisent passagèrement autour des «usines de distribution» que sont les supermarkets géants édifiés en terrain nu, sur un socle de parking; et ces temples de la consommation précipitée sont eux-mêmes en fuite dans le mouvement centrifuge, qui les repoussent à mesure qu’ils deviennent à leur tour des centres secondaires surchargés, parce qu’ils ont amené une recomposition partielle de l’agglomération. Mais l’organisation technique de la consommation n’est qu’au premier plan de la dissolution générale qui a conduit ainsi la ville à se consommer elle-même.» p. 168-169

La psychogéographie, les Situationnistes, la figure du flâneur et… les forces commerciales

Difficile d’éviter les notions de psychogéographie et de la figure du flâneur lorsqu’il est question de déambulement et d’expérience «autre» de la ville. Bien entendu, mon propre processus se rapproche de ces postures, dans la mesure où il m’est important d’investir les espaces autres que sont les espaces interstices. Pour moi, c’est cette expérience insitu qui compte. L’immersion en quelque sorte, afin de vraiment pouvoir déconnecter du temps social (voir mon article sur Hermut Rosa et l’accélération du temps).

Mais avant les situationnistes, il y a eu William Blake à Londres et Walter Benjamin à Paris, qui a également réinventé la ville par l’imagination. Il est intéressant de préciser que les ramifications du concept du flâneur remontent à l’établissement d’une image singulière de la ville de Londres. Londres s’est imposée comme lieu de résonnance psychogéographique par excellence. En grande partie à cause des récits «psychogéographiques» des écrivains de l’époque. Et les récits de Blake ont eu une répercussion certaine dans l’établissement de la topographie imaginaire de ce lieu, dans l’établissement du genius loci de Londres. En fait, dans  l’établissement de l’image de cette ville telle comme on la connaît aujourd’hui. (Jack the Ripper/Tamise/brume/danger/mystère/petites allées/pluie/etc.)

Je saute maintenant de grands moments de ce mouvement poétique de l’exploration urbaine pour m’attarder à la figure du flâneur dans le Paris du XIXe siècle. C’est que les références de Walter Benjamin en la matière ont eu un écho en moi. Un écho au niveau des valeurs interpellées par le flâneur de l’époque. Dans sa relation au lieu. Pour donner un peu de contexte, l’idée du flâneur parisien est intimement lié à sa typologie urbaine, et particulièrement aux arcades. Ces aménagements urbains qui recouvrent d’un toit vitré les passages entre les allées de magasins. Il y a interaction entre la figure poétique du flâneur et le réaménagement haussmannien de Paris. Ce que Benjamin croit, c’est que «le flâneur est incapable de conserver son détachement et sera inévitablement pris dans les forces commerciales qui finiront par le détruire». Donc l’idée du flâneur est indissociable de son caractère subversif.

Cette notion est importante pour plusieurs raisons dans le contexte actuel des urbanités numériques. La connexion au réseau, même si elle s’avère la plupart du temps bénéfique, peut entrainer son lot de problème. Par exemple, les suggestions proposées par les algorithmes selon vos décisions et goûts précédents peuvent limiter l’accès aux expériences nouvelles ou «autres» en vous confinant dans vos zones de confort. Le même genre de restaurant, le même genre de bar ou d’exposition. Comment effectuer une «déambulation», une «dérive», si vous utilisez vos outils de navigation numériques reliés à vos données personnelles? Est-ce la question de ne pas perdre de temps ici qui revient? De devoir se rendre le plus efficacement du point A au point B? En oblitérant la qualité que peut receler le trajet? Beaucoup d’idées qui ne sont pas encore traitées, intégrées.

Mais je comprends un peu mieux ma réserve face à la majorité des cartes générées par des données (mapping); elles expriment un versant du lieu qui reflète des qualités quantitatives plutôt que qualitatives. Pas toutes, j’en conviens bien, mais une grande majorité de ces cartes nous donne une image qui fait écho à nos innombrables liens avec le domaine commercial.

Cartographie de mon processus de recherche création

Petit polaroid de ma carte des relations, carte heuristique ou «mind map» de mon processus de création/réflexion en prévision de ma conférence à la maîtrise en muséologie et pratiques des arts à l’UQO (le 8 mars prochain).

carte heuristique février 2017

Théorie critique de la modernité tardive : l’accélération du temps social

Abbaye de Saint-Benoit-Du-Lac

Abbaye de Saint-Benoit-Du-Lac

Si les valeurs incarnées dans les espaces interstices et les ruines (qui s’apparentent chez moi à des espaces liminaires) sont bien identifiées*, qu’est-ce qui me pousserait à chercher le contact avec ces espaces et ces valeurs autres véhiculées par notre société? Pour esquisser le début d’une compréhension des forces agissantes, je me réfèrerai à l’ouvrage d’Hermut Rosa, Théorie critique de la modernité tardive. Cet ouvrage amène une explication de notre relation à l’espace et au temps depuis la modernité, ou ce que Rosa nomme comme la modernité tardive. Selon l’auteur, il y aurait eu la période de modernité, de postmodernité, d’hypermodernité et maintenant nous serions dans la période de modernité tardive. Et cette modernité tardive serait caractérisée par l’accélération. L’accélération du temps social, l’accélération pour la reconnaissance, l’accélération de la consommation. Citations en vrac. Je dois encore digérer cet ouvrage.

La lutte dynamique pour la reconnaissance

«De ce fait, la lutte pour la reconnaissance dans la société moderne est devenue elle aussi un jeu de vitesse : puisque nous gagnons l’estime sociale à travers la compétition, la vitesse est essentielle à la reconnaissance dans les sociétés modernes.» p.79

Cette donnée est réelle, j’en fais l’expérience quotidienne, et le faire savoir pèse lourdement dans l’actualisation d’une carrière artistique. Or cet acte de faire savoir est en contradiction formelle avec la donné d«être» et de celle de l’expérience. Tout au plus on peut en faire un compte-rendu, mais l’expérience en perd un peu de son essence, de sa vérité, il me semble. Cette idée de diffusion et de reconnaissance m’a brulé en 2010. Et Dieu merci qu’il y a eu ma sabbatique en 2011-2012 pour me permettre de reconnecter avec mon acte créatif intuitif, non intentionné, non dirigé, non désigné. Mais il y a bel et bien eu une passe à vide, une perte de sens qui m’a profondément marqué. Ce que je retiens de cette expérience est surtout les motifs de cette dérive; je ne créais plus pour moi, pour répondre à un besoin interne de régulation, à une force qui m’aidait à contre-balancer le marché professionnel. J’étais rendu de plain-pied dans ce marché. Perte de sens.

«L’accélération sociale est devenue une force totalitaire interne à la société moderne et de la société moderne elle-même… dans la société moderne tardive, le pouvoir totalitaire consiste plutôt en un principe abstrait qui assujettit néanmoins tous ceux qui vivent sous sa domination.» p.85

«Si des auteurs tels qu’Alain Ehrenberg ou Axel Honneth observent une tendance croissante à l«épuisement» de l’être dans la modernité tardive (dépressions cliniques et burn-out) cela, selon moi, est largement (sinon uniquement) attribuable à une lutte pour la reconnaissance qui, pour parler métaphoriquement, recommence encore et encore chaque jour, et dans laquelle aucune niche ni aucun palier sûrs ne peuvent être atteints.» p.82

La désynchronisation

«En termes plus systématiques, la désynchronisation apparaît entre les mondes social et extra-social, mais également entre des modèles de vitesse différents à l’intérieur des domaines de la société. En ce qui concerne la première forme, l’accélération de la société surcharge systématiquement les cadres temporels de la nature environnante. Ainsi, nous épuisons les ressources naturelles, comme le pétrole et les sols, à des rythmes bien supérieurs aux vitesses de leur renouvellement, et nous nous débarassons de nos déchets toxiques à un tempo beaucoup trop élevé pour que la nature puisse les traiter. Le réchauffement de l’atmosphère terrestre n’est lui-même rien d’autre qu’un processus d’accélération physique causé socialement…» p.94

«Le pouvoir de l’accélération n’est plus perçu comme une force libératrice, mais plutôt comme une pression asservissante. Bien sûr, pour les acteurs sociaux, l’accélération a toujours été les deux à la fois : une promesse et une nécessité. À l’époque de l’industrialisation, par exemple, elle était, pour la pluspart du temps, plutôt la seconde que la première, mais elle porta néanmoins en elle le potentiel libérateur pendant tout le XXe siècle. Aujourd’hui cependant, au début du XXIe siècle «mondialisé», la promesse perd de son potentiel, la pression devient accablante à un point tel que les idées d’autonomie individuelle et collective (démocratique) deviennent anachroniques». P109-110

 Temporalité

«Alors que les individus se sentent eux-mêmes libres, ils se sentent également dominés par une série d’exigences sociales excessive et en constante augmentation.» p.101

Saturation sociale

«Ce par rapport à quoi nous sommes aliénés par les diktats de la vitesse, je l’ai dit, n’est pas notre être intérieur immuable ou inaltérable, mais notre capacité à nous approprier le monde.» p.137

Ce qui est sur, est que l’expérience des ruines et espaces interstices modifient ma relation au temps d’une façon significative et salvatrice. Ces périples participent donc à une certaine reconnection avec le temps social, à une re-synchronisation pour effectuer une reproduction culturelle (c’est-à-dire le passage d’un savoir et de normes culturelles d’une génération à l’autre, qui apporte une certaine dose de stabilité et de continuité à la société) même si celle-ci est uniquement personnelle.
Enfin, il y a là matière à compréhension de l’appel de ces espaces interstices.

 

*Ce travail d’identification des valeurs véhiculées par les espaces interstices et résiduels a été effectué dans le cadre de mon séminaire portant sur la perception et l’effet de l’art donné par Jocelyne Lupien à l’hiver 2015.

Vers une écologie de l’environnement artificiel

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L’essai d’Ezio Manzini est un ouvrage qui m’accompagne depuis plusieurs années. Son propos trouve écho dans ma pratique, dans mon enseignement et maintenant dans ce projet de recherche sur les espaces interstices, les ruines et notre relation au temps. Ce livre rose publié en 1990 propose une lecture pertinente de notre relation aux objets et à notre environnement qui demeure tout à fait pertinente aujourd’hui. Peut-être est-ce la sagesse de l’auteur ou l’optimiste qui habite le livre, mais j’y reviens souvent pour mettre des mots sur mes recherches ou pour faire comprendre certains concepts à mes étudiants.

J’ai relevé une nouvelle section qui ne m’avait pas encore interpellé. Il s’agit de sa section sur Habiter la métropole, habiter la terre.

«Nous vivons aujourd’hui une de ces périodes (de transition rapide et de mutation) : l’habitant de la métropole a des difficultés à construire son nid et à donner aux lieux qu’il occupe une consistance culturelle qui leur confère une présence et du sens, qui en fasse les points de repère d’une carte mentale avec laquelle il définit son propre espace. L’homme consomme les ressources, consomme l’énergie, consomme le territoire, et malgré cela, ou peut-être à cause de cela, ne parvient pas à donner une réponse à son besoin d’habiter.» p.128-129.

1

Cette affirmation coïncide avec l’idée que l’environnement de la ville en est un de plus en plus artificiel. Manzini note par ailleurs que ce type d’environnement commande que l’on s’attarde à ses qualités sensorielles. Pourtant, l’environnement urbain actuel est plutôt caractérisé par des matières qui offrent peu de qualités sensorielles et proposent souvent des matières qui ne peuvent acquérir de patine du temps. Ces matières, objets et mobilier urbain ne sont pas créés pour vieillir avec dignité, mais plutôt conçu pour êtres produits économiquement et rapidement, et surtout être facilement interchangeables (selon le style en vogue, la mode ou d’autres préoccupations qui semble à priori dépourvus de valeurs pertinentes). «Sans doutes cette situation exprime-t-elle de façon exemplaire un problème qui, au contraire, concerne profondément la culture occidentale, berceau de la technocience : son incapacité à penser avec sérénité à la décadence et à la mort.» p.74

1.
Ezio M. Artefacts Vers Une Nouvelle Écologie de L’environnement Artificiel. Paris Centre Georges Pompidou.; 1991.

Symbolique des ruines contemporaines

Dans son ouvrage «White Elephants», Konrad Tobler explique que la légitimité des ruines contemporaines doit nécessairement passer par une reconnaissance collective de leur valeur en tant que «legible sign». C’est-à-dire que les ruines doivent être plus que des témoins silencieux, mais bien des artéfacts qui portent en eux des récits, une histoire, un sens. Il cite l’exemple de Rome pendant la Renaissance, où les ruines de l’antiquité ont cessé d’être uniquement considérées comme une carrière de matière première pour être perçues comme des témoins d’un âge d’or révolu. C’est à cette période que les ruines sont devenues des artéfacts mnémoniques dont on percevait maintenant l’importance de conserver. D’une part pour attester de la grandeur d’une société révolue, mais plus importante encore pour le concept d’imaginabilité que ces ruines pouvaient révéler (conjurer) : «The ancient ruins reminded the present of the past and pointed forwards to the magic of the possible».

Il cite également le philosophe Denis Diderot (1767), qui parle du côté sombre et mélancolique véhiculé par les ruines. De l’image du temps qui passe et qui nous mène à notre fin inéluctable, mais également du pouvoir de réconciliation que ces mêmes artéfacts symbolisent. «Wherever I look, the objects which surrounds me everywhere point to the end of all things, and I am reconciled with the end that awaits me.» La ruine stimule donc le fantasme du possible autant qu’elle nous rappelle l’idée de la mort. Et cette double signification est en partie à l’origine du charme que les ruines ont opéré sur la société anglaise du 18e siècle. En effet, l’auteur parle de la fascination qu’entretenait la société anglaise de l’époque pour la mélancolie, d’une mode en réalité. Plusieurs parcs étaient aménagés avec de fausses ruines afin que les promeneurs fassent l’expérience du déclin (par l’entremise de ces objets fabriqués).

Maintenant, les ruines contemporaines nous rappellent toujours cette idée de possible (imaginabilité), et véhiculent toujours cette esthétique mélancolique séduisante. Mais les ruines contemporaines témoignent plutôt d’un temps dystopique, et véhiculent cette idée de surconsommation et d’utilisation démesurée des matières premières, ainsi que de son impact sur notre environnement; *l’anthropocène.

*L’Anthropocène est un terme de chronologie géologique proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. (Wikipédia, nov. 2016).

Helmle, C. (2007). White elephants : Photography by Christian Helmle = Weisse Elefanten: Fotographien von Christian Helme. Berlin, Jovis.

The Schwerbelastungskörper (a.k.a. Großbelastungskörper - GBK) is a hefty concrete cylinder in Berlin, Germany. Auteur inconnu.

The Schwerbelastungskörper (a.k.a. Großbelastungskörper – GBK) is a hefty concrete cylinder in Berlin, Germany. Auteur inconnu.

Communitas / communauté

«C’est en perdant ton centre que tu perds ta communauté»

Dans mon livre il y a donc l’idée d’être centré -intimement associé à être constant- qui est intimement liée à l’idée d’être en communauté. Afin de pouvoir être reconnaissable par les autres, avoir une certaine stabilité (émotionnelle, caractérielle, philosophique, etc.) est essentielle. Et la reconnaissance mène à l’appartenance en communauté.

Mais alors, quel genre de communitas peut-on retrouver dans des lieux abandonnés, donc souvent inhabités? Qu’est-ce qui permet ce passage du voyageur, cette traversée de l’espace liminaire vers le retour en communauté? Est-ce que l’apparent vide d’un lieu et la solitude qui l’habite peuvent-êtres une sorte de communitas? Ou en d’autres mots, est-ce qu’un type de lieu, par ses caractéristiques, et les affects qu’il déclenchent en nous, peut aire office d’espace liminaire et nous réconcilier avec un état d’être? Est-ce que la «pactisation»* avec un esprit du lieu particulier peut-être suffisant pour nous reconnecter à une partie essentielle de notre être afin de pouvoir retourner en communauté; recentré?

N’est-ce pas ces valeurs, associées à ce type de lieux (espace interstices, friches urbaines, ruines, etc.), qui me permettent de retomber en accord avec notre société? Petite interrogation qui semble porter sa réponse en elle-même.

 

Jardin du solstice d'hiver_depliant

Jardin du solstice d’hiver_depliant

*pactiser avec un lieu, comme les anciens disaient, était l’acte de vivre en accord avec les daïmon présents dans un site; son genius loci. «Le Genius Loci est traditionnellement défini comme une allégorie du lieu. Projection imaginaire, il est un lieu habité par un “esprit”, stratifié en références mythologiques et allégoriques. Son fondement est dans l’ancrage.»1

1-Brayer Marie-Ange (texte tiré de l’ouvrage de Barry Judith, Pascal Convert, Rainer Pfnür) (1993). Genius Loci, La Différence, Paris, p.11