A/R/Tography et processus de recherche création

Altérité
Ouverture
Horizontalité

La posture artographique, soit la traduction libre de l’A/R/Tography est une posture qui prend en compte la porosité des rôles de l’artiste, du chercheur et de l’enseignant (Artist/Researcher/Teacher). C’est une posture tout à fait adaptée aux professeurs-chercheurs créateurs qui s’engagent dans un projet de recherche qualitatif, car la philosophie de l’artographie est de prendre en considération le rôle de l’enseignant dans le processus de recherche.

Cette attitude implique une porosité dans les rôles du chercheur et cette porosité influence nécessairement la pensée et les postulats de recherche. C’est une posture de recherche dont la philosophie repose sur l’altérité. L’artographie requiert de ses pratiquants qu’ils acceptent une attitude «horizontale» ou circulaire, perméable autant aux apports externes (l’autre) qu’aux points de vue que les différents rôles du chercheur apportent au projet (l’autre interne). Les artographes acceptent que leur savoir soit informé par la mouvance même du projet et du contact avec l’autre. C’est une condition qui accepte le flou en son sein, l’imprévu et la co-construction des connaissances. L’autre peut nécessairement être un étudiant, un scientifique, un philosophe, un voisin, etc. Cette posture demande donc une humilité face à l’imprévisibilité des sources de connaissances et une ouverture face aux moments de prises de conscience.

«As a teacher I am also reminded of the power of the student as «other», that without this «other» constantly reflecting back to me my [re]learning, I am nothing. Without the «other» honoured as equal in the circling hermeneutic of learning and [re]learning,
I will become ungrounded.» P. 147 (De Cosson & Irwin, 2004),

Les savoirs se construisent dans les interstices qui existent entre les différents rôles du chercheur, d’où les barres obliques dans la signature (A/R/Tography) qui symbolisent ces zones poreuses où les connaissances autres peuvent surgir. C’est une posture holistique, voir systémique du processus de recherche dans ce sens qu’elle ne compartimente pas les différents rôles du chercheur, mais plutôt les accueillent et encouragent les interactions que ces différents modes de pensées et d’actions peuvent susciter. Les fondements mêmes de l’artographie sont l’inclusion, l’ouverture et l’horizontalité. Des fondements qui appellent à une sorte de révolution permanente et un désir de perméabilité, d’accueil. Des valeurs qui peuvent apparaitre en porte-à-faux avec certaines méthodes traditionnelles positivistes de la recherche.

Références
De Cosson, A. and R. L. Irwin (2004). A/r/tography : rendering self through arts-based living inquiry. Vancouver, Pacfic Educational Press.
Springgay, S. (2008). Being with a/r/tography. Rotterdam, Sense Publishers.


«L’approche A/R/Tographique (Artist/Researcher/Teacher)… est une posture méthodologique qui permet la compréhension et l’élaboration du processus créateur. Si la création n’a évidemment jamais été pensée de façon linéaire, elle est, par le biais de l’A/R/Tographie, saisie dans une totalité en constant changement, à l’image de la mondialisation. C’est-à-dire que l’écrivain et l’artiste voyageurs, plutôt que de s’installer dans une trajectoire orientée d’avance en fonction de buts précis, avec un projet au départ relativement défini, devront apprendre une nouvelle façon d’habiter la création : le chemin, qu’il soit celui du voyage ou de la création, se fait en marchant (cf.  Antonio Machado, cité par Francesco Varela, 2006).»
Isabelle Miron


Articles portant sur l’A/R/Tographie

Journal de pratique au doctorat en études et pratiques des arts