Symbolique des ruines contemporaines

Dans son ouvrage «White Elephants», Konrad Tobler explique que la légitimité des ruines contemporaines doit nécessairement passer par une reconnaissance collective de leur valeur en tant que «legible sign». C’est-à-dire que les ruines doivent être plus que des témoins silencieux, mais bien des artéfacts qui portent en eux des récits, une histoire, un sens. Il cite l’exemple de Rome pendant la Renaissance, où les ruines de l’antiquité ont cessé d’être uniquement considérées comme une carrière de matière première pour être perçues comme des témoins d’un âge d’or révolu. C’est à cette période que les ruines sont devenues des artéfacts mnémoniques dont on percevait maintenant l’importance de conserver. D’une part pour attester de la grandeur d’une société révolue, mais plus importante encore pour le concept d’imaginabilité que ces ruines pouvaient révéler (conjurer) : «The ancient ruins reminded the present of the past and pointed forwards to the magic of the possible».

Il cite également le philosophe Denis Diderot (1767), qui parle du côté sombre et mélancolique véhiculé par les ruines. De l’image du temps qui passe et qui nous mène à notre fin inéluctable, mais également du pouvoir de réconciliation que ces mêmes artéfacts symbolisent. «Wherever I look, the objects which surrounds me everywhere point to the end of all things, and I am reconciled with the end that awaits me.» La ruine stimule donc le fantasme du possible autant qu’elle nous rappelle l’idée de la mort. Et cette double signification est en partie à l’origine du charme que les ruines ont opéré sur la société anglaise du 18e siècle. En effet, l’auteur parle de la fascination qu’entretenait la société anglaise de l’époque pour la mélancolie, d’une mode en réalité. Plusieurs parcs étaient aménagés avec de fausses ruines afin que les promeneurs fassent l’expérience du déclin (par l’entremise de ces objets fabriqués).

Maintenant, les ruines contemporaines nous rappellent toujours cette idée de possible (imaginabilité), et véhiculent toujours cette esthétique mélancolique séduisante. Mais les ruines contemporaines témoignent plutôt d’un temps dystopique, et véhiculent cette idée de surconsommation et d’utilisation démesurée des matières premières, ainsi que de son impact sur notre environnement; *l’anthropocène.

*L’Anthropocène est un terme de chronologie géologique proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. (Wikipédia, nov. 2016).

Helmle, C. (2007). White elephants : Photography by Christian Helmle = Weisse Elefanten: Fotographien von Christian Helme. Berlin, Jovis.

The Schwerbelastungskörper (a.k.a. Großbelastungskörper - GBK) is a hefty concrete cylinder in Berlin, Germany. Auteur inconnu.

The Schwerbelastungskörper (a.k.a. Großbelastungskörper – GBK) is a hefty concrete cylinder in Berlin, Germany. Auteur inconnu.

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