C’est bien parfois le temps qui nous est donné lorsqu’on est en voyage. Des petites capsules de temps libres qui se trouvent occupées par des pensées que le contact avec une personne fait re-germer.
La pensée qui m’est venue à rapport à la présence de tous ces réseaux professionnels parallèles et une certaine frustration qui vient avec l’impossibilité d’être présent partout à la fois… Mais est-ce possible? Faire des choix me direz-vous, mais une déception certaine s’ensuit, car la démultiplication des cercles et lieux de rencontres ne fait qu’augmenter les offres et possibilités… qu’il est bien entendu impossible de répondre.

Même si internet et les réseaux élus actuels comme facebook étendent les offres et possibilités, qu’en est-il de la réalité de tous ces mondes possibles? Il y a peut-être apparence de relation ou de contact avec des gens éloignés, mais la rencontre de l’autre ne se fait-elle pas toujours lorsque nous décidons de sortir de notre zone de confort pour entrer dans cette zone «dangereuse » de la «mitoyenneté»; dans ce nouveau lieu commun établi?

Je surf un peu sur mon idée de départ, qui était une espèce de perplexité devant l’offre démultipliée proposée par l’instantanéité de notre monde moderne et surtout l’impression de manquer parfois de belles occasions de rencontres bien réelles [mais j’aurais dû être là! oui, mais forcément pas ailleurs…]

TROP DE CHOIX = PLUS GRANDE INDÉCISION
C’est prouvé, trop de choix encombre notre faculté de décision. Plus on a de choix, plus la prise de décision sera ardue. Un exemple concret nous vient d’une étude scientifique effectuée avec des karatékas. En fait, plus un maître connait de variantes et façon de bloquer un coup, plus son temps de réponse face à une attaque sera long. Tandis qu’un novice aura un temps de réponse plus rapide, car son cerveau a moins de choix. Bon on parle de différence en millisecondes ici [et pas de la qualité du bloque], mais l’exemple est probant. C’est en fait un des dangers de la multidisciplinarité. Comment choisir sa voie devant l’internationalisation de l’offre et de la demande? Comment trouver notre spécificité dans cet océan d’images et de projets?…Je me rassure en pensant à la citation de Anthony Stafford Beer qui m’est revenue en mémoire dans le transit entre Bordeaux et Paris.

«Instead of trying to specify a system in full detail, specify it only somewhat. You can then ride on the dynamics of the system in the direction you want to go

En fait, ce qu’elle me dit, cette citation, est qu’il faut suivre sa route, aussi incongrue ou sinueuse qu’elle peut paraitre [mais en suivant toujours sa vérité] et que malgré les modes, courants ou influences, de garder le cap en les utilisant [ces dynamiques qui font bouger le système, l’économie, les réseaux] afin d’aller dans la direction qui nous parait la plus juste, pour soi. J’y reviens depuis des années afin de me recentrer sur les décisions que j’ai prises et sur mon parcours qui est, comme pour chacun de nous, unique et sans points de référence.

Alain Bashung chante, dans Bleu Pétrole :

…C’est un grand terrain de nulle part
Avec de belles poignées d’argent
La lunette d’un microscope
Et tous ces petits êtres qui courent

Car chacun vaque à son destin
Petits ou grands
Comme durant des siècles égyptiens
Péniblement…

Voilà, le voyage se termine demain matin. Je quitte cette maison dessinée et construite par mon ami architecte, une maison ergonomique et chaleureuse, qui comporte plein de petits lieux et d’images stimulantes. Retour au froid, mais à des endroits connus et des gens familiers. Ces deux semaines ont été des plus enrichissantes et révélatrices.