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Renaud Paquet

La négociation raisonnée produit-elle des accords différents ?

Renaud Paquet et Isabelle Gaétan

Au cours des dernières années, plusieurs articles et quelques livres ont été publiés sur la négociation raisonnée La plupart des ouvrages font ressortir les mérites de cette approche de négociation basée sur la coopération, les discussions ouvertes et l'échange à partir des intérêts au lieu des positions. Les auteurs sont souvent normatifs en ce sens qu'ils prônent l'utilisation d'une méthode de négociation sans pour autant examiner empiriquement les différences concrètes que produit la méthode lorsqu'elle est comparée à une autre. Cet article vise à combler en partie cette lacune en examinant les particularités des conventions négociées à partir de l'approche raisonnée.

L'analyse comparative des changements apportés aux conventions collectives négociées en mode raisonné (19 conventions) et en mode traditionnel (19 conventions) a été faite en trois temps. Tout d'abord la présence et la fréquence des changements ont été comparées. Dans une deuxième temps, nous avons qualifié les changements et avons examiné à quelle partie ils profitaient. Enfin, les changements ont été examinés par rapport à leur caractère innovateur.

La première analyse révèle que la négociation raisonnée amène un peu plus de changements dans les conventions collectives. À cet égard, son impact le plus grand est au niveau des clauses qui visent la relation entre les parties et les mécanismes qui l'encadrent. Nommément, ces clauses se retrouvent dans les catégories suivantes: griefs et mesures disciplinaires, organisation du travail et relations de travail. Par contre, la négociation traditionnelle produit plus de changements dans les clauses sur les heures et horaire de travail procurant un plus grand nombre de gains au syndicat.

La seconde analyse démontre que les conventions raisonnées comprennent plus de concessions syndicales que les conventions traditionnelles. Même si les deux modes de négociation produisent des augmentations du salaire de base qui sont comparables, la négociation raisonnée amène le syndicat à faire un plus grand nombre de concessions monétaires alors que la négociation traditionnelle produit plus de gains syndicaux. La négociation traditionnelle produit également plus de gains syndicaux au niveau des heures et horaires de travail. En contre partie, la négociation raisonnée génère un nombre beaucoup plus important de gains mutuels et ce principalement au chapitre des clauses qui affectent la relation entre les parties et son cadre conventionné. Cette dernière constatation est tout à fait conforme à l'essence même de la méthode raisonnée qui est censée produire de tels accords à gains mutuels.

Enfin, la dernière analyse fait ressortir le caractère plus innovateur des conventions collectives raisonnées. Les innovations y sont introduites plus fréquemment et leur caractère est beaucoup plus diversifié que les innovations introduites en négociation traditionnelle. La négociation raisonnée favorise donc pour autant l'adaptation de l'entreprise à un environnement en changement.

Les résultats de cette recherche comparative nous permet de répondre à l'affirmative à la question posée au début : " La négociation raisonnée produit-elle des accords différents? ". Les différences sont peut-être moindres que ce qu'on aurait pu s'attendre. Dans l'ensemble, la négociation raisonnée produit plus de concessions et plus de gains mutuels. Elle facilite aussi l'introduction d'innovations. Même si les données ici fournies nous semblent convaincantes, il n'en demeure pas moins qu'il est possible qu'une partie de l'explication des différences ne réside pas dans l'utilisation d'une méthode différente de négociation mais plutôt dans des contextes organisationnels qui varient. En effet, il est possible que les entreprises et syndicats qui ont choisi la négociation raisonnée étaient dans une position plus difficile que ceux qui ont opté pour la négociation traditionnelle. Ces difficultés pourraient avoir été à l'origine de la décision d'opter pour un mode différent de négociation.

PAQUET, Renaud et Isabelle GAÉTAN (1999), "La négociation raisonnée produit-elle des accords différents?" Gazette du travail, vol. 2, no 3, pages 115-123.

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