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Renaud Paquet

Les emplois de l'économie sociale: forme de démocratisation du travail ou exploitation d'une
main-d'oeuvre qualifiée?

Renaud Paquet

Parallèlement au désengagement récent de l'État des services publics et aux initiatives communautaires et gouvernementales d'insertion sociale, l'importance du nombre d'emplois offerts par les entreprises de l'économie sociale ne cesse de croître, que ce soit du côté des coopératives de travail, des entreprises d'employabilité, des entreprises d'insertion ou des entreprises de défense des droits. On peut d'ailleurs constater au Québec comme dans d'autres pays occidentaux (Laville, 1994) un mouvement en faveur de nouvelles formes d'organisation sociale pour produire et distribuer les biens et services. Les entreprises d'économie sociale sont des entreprises à vocation sociale et au fonctionnement démocratique, orientées vers une finalité de service aux membres et à la collectivité. Ses fins distinguent nettement l'entreprise de l'économie sociale de l'entreprise privée ou publique. Mais qu'en est-il des emplois qu'elle offre? Ces différences marquées au niveau des finalités contribuent-elles à démocratiser le travail? Qu'en est-il des conditions dans lesquelles s'exerce le travail? Le conflit inhérent à la relation d'emploi, existe-t-il à un moindre degré, porte-t-il sur les mêmes enjeux?

Cette recherche apporte des éléments de réponse à ces grandes questions. Après avoir présenté notre cadre d'analyse, nous rendons compte des données recueillies auprès de gestionnaires et de salariés de six entreprises de l'économie sociale ainsi que lors des rencontres de trois groupes de discussion visant le même type de personnes. À prime abord, ces données appuient l'hypothèse d'une relation d'emploi partiellement démocratisée. L'attachement à l'emploi et à l'entreprise y est très élevé. Des différences sont notées entre les entreprises au niveau de la forme et des modes d'expression du conflit. En dernière partie, comme éléments de discussion, nous posons certaines questions que soulève cette recherche et pour lesquelles nous formulons quelques hypothèses explicatives.

À partir des résultats de cette recherche, nous croyons que l'accroissement de l'emploi dans les entreprises de l'économie sociale contribue à une certaine démocratisation du travail, du moins dans son exercice au quotidien. Cependant, le degré de démocratisation est beaucoup moindre que ce que nous avions supposé à prime abord, la gestion conservant ses pouvoirs exclusifs sur les grandes décisions de l'entreprise.

Oeuvrant pour des salaires qui se situent nettement en deça de ce qui est offert dans d'autres secteurs économiques pour des emplois comparables, cette main-d'oeuvre nous semble exploitée d'autant plus que la surcharge de travail due à un manque de ressources fait partie de son quotidien. Ces conditions, à première vue inacceptables, deviennent acceptées dans un marché du travail où l'emploi est rare. De plus, l'engagement des salariés envers les finalités de l'entreprise agissent comme un puissant tranquillisant normatif.

PAQUET, Renaud (1999), "Les emplois de l'économie sociale : forme de démocratisation du travail ou exploitation d'une main-d'oeuvre qualifiée?", Économie et Solidarités, vol. 30, no 1, pages 78-94.

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