LE CHEMIN DE ST-JEAN
 
Année 2002
Scénariste ---
Collection ---
Éditeur L'Association
Texte par Nat' Le Chemin de saint-jean c’est le chemin de Baudoin... celui qui de Villars-sur Var conduit à la chapelle saint-jean pour y faire une boucle et revenir à son point de départ. Au départ de ce chemin, une pierre... C’est un chemin, circulaire, sans fin... auquel Baudoin ne consacrera pas que ce seul album. Présenté comme un travail en élaboration permanente, chaque nouvelle édition sera augmentée d’un certain nombre de nouvelles planches. C’est une invitation à découvrir un chemin où souvenirs et sentiments présents s’entrelacent. 
La beauté simple de ce paysage de l’arrière pays niçois jaillit des dessins en noir et blanc mis en valeur par le format particulier (27x37). Pour peu, on entrerait de plein-pied dans les pages pour accompagner cet “homme qui marche”... Qui marche et qui se souvient: les provisions de pignes qu’il venait chercher enfant avec son frère Piero, là où il a embrassé une fille pour la première fois, la fête de la saint-jean le 24 juin... chaque pas résonne d’un souvenir... 

“Ce n’est pas un sentier, c’est un album qui déborde de photos” 1. Une large place, également, est accordée aux croquis préparatoires insérés dans les planches, découpés, collés, retravaillés... Ils apportent un côté brut au dessin, parfois même des textes dactylographiés effacés en partie se cachent sous ces mêmes dessins... Baudoin marche sur son chemin, nous le suivons dans ses dessins..

Les paysages inspirent une forme d’attirance, une beauté éternelle, une forme d’immortalité... Mais comment faire transparaître ces sensations, cet indicible à travers des dessins? Baudoin s’interroge, doute, colle des évènements d’actualité au milieu de son récit... s’écarte de son chemin comme pour mieux y revenir. Même loin, au Québec, il s’y ballade... L’inconnu tout autant que le passé continue de l’attirer... qu’y a t il après ce tournant? derrière ce col? derrière cette frontière? 

Baudoin dessine aussi son chemin, sa nature comme la ressent son corps, son être, nous livrant à cette occasion des dessins et des mots d’une fragile beauté. Les danses auxquelles il se livre lorsque, seul, il gravit ce chemin pour rejoindre “sa vraie maison”, on les découvre à travers ces petits dessins d’une silhouette nue en mouvement qui entre dans une musique, tournoie, s’y laisse emporter... On se souvient alors d’autres mots à d’autres moments: “(...) nu, j’étais comme hors de moi; je participais sans réserve à la joie d’exister” 2. Une Ode à la Nature, à la beauté de ces paysages... la ruine, la fontaine de saint-jean et sa source mystérieuse, la Chapelle... participent à cet enchantement. Nul doute qu’il faut savoir faire corps avec ce chemin, cette nature pour parvenir à réaliser de tels dessins qui figurent parmi les plus beaux, les plus sensibles, les plus sensuels de Baudoin... Il faut être humble devant la Nature pour la percevoir et la transmettre ainsi. Baudoin l’est. On ne discerne jamais le visage du marcheur. Il reste dans l’ombre, tout comme sa silhouette représentée la plupart du temps de dos, de profil ou bien en arrière plan. Le présent fait resurgir le passé, s’y superpose, l’interpénètre... tantôt on croise sur ce chemin deux jeunes gamins, tantôt un homme un carnet à la main... 

Un homme qui maintenant confie sa crainte d’oublier ces souvenirs, ces voix du passé et qui marche, dessine, écrit pour fixer éternellement un chemin, son chemin, le chemin de sa vie...Un livre magnifique tant par la beauté des dessins que par la sincérité de la quête de l’auteur. Une invitation à une promenade circulaire au long des souvenirs qui jonchent le chemin de Baudoin...

1. Edmond Baudoin, Le chemin de saint-jean, L’association, 2002, P2
2. François Augiéras, Un voyage au mont Athos, Grasset, 1996, p.118
Texte par Sébastien Soleille
Ce chemin tient beaucoup à cœur à Baudoin. Il nous en avait déjà parlé, dans ‘Terrains vagues’ notamment.

Un des éléments que j’apprécie chez les éditeurs dits ‘indépendants’, comme l'Association, est qu’ils n’hésitent pas à adapter la forme de leurs ouvrages aux besoins d’expression de l’auteur. J’ai été ravi de voir paraître ce nouvel album de Baudoin dans une si grande taille (27 x 37 cm).

L’auteur nous parle ici tout simplement d’un chemin qui fait une boucle à côté de Villars-sur-Var, son village de l’arrière-pays niçois. C’est l’occasion pour lui de nous livrer de superbes dessins qui ont la place de respirer dans ces grandes pages. Cet album est un vrai bol d’air : nous découvrons ainsi le chemin par petit bout, à plusieurs époques, au fil des promenades du narrateur, au gré des rencontres qu’il y fait… 
C’est également l’occasion pour lui de continuer à construire son œuvre en abordant un grand nombre des thèmes qui lui sont chers : son enfance, ses parents, son frère Piero et leur univers enfantin… En arrière-plan, comme d’ailleurs dans la plupart de ses albums, on retrouve la question de la création, de la re-création de la vie par le dessin, par l’art. Baudoin ne cesse, au fil de ses ouvrages, de se demander comment coucher la vie, la nature, le mouvement, sur le papier. Avec ce ‘Chemin’, il expérimente encore une nouvelle voie…

Cet album est peut-être moins accessible à ceux qui ne connaissent pas encore Baudoin que d’autres albums racontant une histoire de façon plus ‘classique’ (comme ‘Le Voyage’ ou le récent ‘Les quatre Fleuves’). Mais, au fil de superbes dessins, ce ‘Chemin’ procure un excellent moment de rêverie, de réflexion, de balade sous le soleil du Sud de la France…