| Texte par Nat' |
Le Chemin de saint-jean cest le chemin de Baudoin... celui qui de Villars-sur Var conduit à la chapelle saint-jean pour y faire une boucle et revenir à son point de départ. Au départ de ce chemin, une pierre... Cest un chemin, circulaire, sans fin... auquel Baudoin ne consacrera pas que ce seul album. Présenté comme un travail en élaboration permanente, chaque nouvelle édition sera augmentée dun certain nombre de nouvelles planches. Cest une invitation à découvrir un chemin où souvenirs et sentiments présents sentrelacent.
La beauté simple de ce paysage de larrière pays niçois jaillit des dessins en noir et blanc mis en valeur par le format particulier (27x37). Pour peu, on entrerait de plein-pied dans les pages pour accompagner cet homme qui marche... Qui marche et qui se souvient: les provisions de pignes quil venait chercher enfant avec son frère Piero, là où il a embrassé une fille pour la première fois, la fête de la saint-jean le 24 juin... chaque pas résonne dun souvenir...
Ce nest pas un sentier, cest un album qui déborde de photos 1. Une large place, également, est accordée aux croquis préparatoires insérés dans les planches, découpés, collés, retravaillés... Ils apportent un côté brut au dessin, parfois même des textes dactylographiés effacés en partie se cachent sous ces mêmes dessins... Baudoin marche sur son chemin, nous le suivons dans ses dessins.. Les paysages inspirent une forme dattirance, une beauté éternelle, une forme dimmortalité... Mais comment faire transparaître ces sensations, cet indicible à travers des dessins? Baudoin sinterroge, doute, colle des évènements dactualité au milieu de son récit... sécarte de son chemin comme pour mieux y revenir. Même loin, au Québec, il sy ballade... Linconnu tout autant que le passé continue de lattirer... quy a t il après ce tournant? derrière ce col? derrière cette frontière? Baudoin dessine aussi son chemin, sa nature comme la ressent son corps, son être, nous livrant à cette occasion des dessins et des mots dune fragile beauté. Les danses auxquelles il se livre lorsque, seul, il gravit ce chemin pour rejoindre sa vraie maison, on les découvre à travers ces petits dessins dune silhouette nue en mouvement qui entre dans une musique, tournoie, sy laisse emporter... On se souvient alors dautres mots à dautres moments: (...) nu, jétais comme hors de moi; je participais sans réserve à la joie dexister 2. Une Ode à la Nature, à la beauté de ces paysages... la ruine, la fontaine de saint-jean et sa source mystérieuse, la Chapelle... participent à cet enchantement. Nul doute quil faut savoir faire corps avec ce chemin, cette nature pour parvenir à réaliser de tels dessins qui figurent parmi les plus beaux, les plus sensibles, les plus sensuels de Baudoin... Il faut être humble devant la Nature pour la percevoir et la transmettre ainsi. Baudoin lest. On ne discerne jamais le visage du marcheur. Il reste dans lombre, tout comme sa silhouette représentée la plupart du temps de dos, de profil ou bien en arrière plan. Le présent fait resurgir le passé, sy superpose, linterpénètre... tantôt on croise sur ce chemin deux jeunes gamins, tantôt un homme un carnet à la main... Un homme qui maintenant confie sa crainte doublier ces souvenirs, ces voix du passé et qui marche, dessine, écrit pour fixer éternellement un chemin, son chemin, le chemin de sa vie...Un livre magnifique tant par la beauté des dessins que par la sincérité de la quête de lauteur. Une invitation à une promenade circulaire au long des souvenirs qui jonchent le chemin de Baudoin...
1. Edmond Baudoin, Le chemin de saint-jean, L’association, 2002, P2
2. François Augiéras, Un voyage au mont Athos, Grasset, 1996, p.118 |
| Texte par Sébastien Soleille |
Ce chemin tient beaucoup à cur à Baudoin. Il nous en avait déjà parlé, dans Terrains vagues notamment.
Un des éléments que japprécie chez les éditeurs dits indépendants, comme l'Association, est quils nhésitent pas à adapter la forme de leurs ouvrages aux besoins dexpression de lauteur. Jai été ravi de voir paraître ce nouvel album de Baudoin dans une si grande taille (27 x 37 cm). L’auteur nous parle ici tout simplement d’un chemin qui fait une boucle
à côté de Villars-sur-Var, son village de l’arrière-pays
niçois. C’est l’occasion pour lui de nous livrer de superbes dessins
qui ont la place de respirer dans ces grandes pages. Cet album est un vrai
bol d’air : nous découvrons ainsi le chemin par petit bout, à
plusieurs époques, au fil des promenades du narrateur, au gré
des rencontres qu’il y fait…
Cest également loccasion pour lui de continuer à construire son uvre en abordant un grand nombre des thèmes qui lui sont chers : son enfance, ses parents, son frère Piero et leur univers enfantin
En arrière-plan, comme dailleurs dans la plupart de ses albums, on retrouve la question de la création, de la re-création de la vie par le dessin, par lart. Baudoin ne cesse, au fil de ses ouvrages, de se demander comment coucher la vie, la nature, le mouvement, sur le papier. Avec ce Chemin, il expérimente encore une nouvelle voie
Cet album est peut-être moins accessible à ceux qui ne
connaissent pas encore Baudoin que d’autres albums racontant une histoire
de façon plus ‘classique’ (comme ‘Le Voyage’ ou le récent
‘Les quatre Fleuves’). Mais, au fil de superbes dessins, ce ‘Chemin’ procure
un excellent moment de rêverie, de réflexion, de balade sous
le soleil du Sud de la France…
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